Catégorie : Mon ami Google

Jérôme Colombain: le journaliste résistant contre la dictature Google ?

Écrit par – 1 mars 2014

Jérôme Colombain, c’est le monsieur « Nouvelles Technologies » de la station France Info, pour laquelle il anime également des « podcasts high tech » (dixit wikipédia). Le 17 février, monsieur high tech a signé un article de journaliste, un vrai, de vrai journaliste, intitulé Comment Google influence la presse en ligne par la tyrannie du référencement (SEO). Il y dénonce deux choses qui méritent quelques commentaires.

Tout d’abord le journaliste pourfend avec mesure une « véritable dictature », celle du SEO (Le SEO est un sport de combat). En second volet, Jérôme Colombain, décidément en verve, en vient à distinguer et à opposer les méchants qui gagnent de l’argent avec la publicité aux « médias réputés sérieux » en se demandant ce qui leur reste. Les pauvres…

 

La dictature-tyrannique du SEO selon Jérôme Colombain

Et oui, le capitalisme cognitif (L’Abeille et l’Economiste – Y. Moulier Boutang) est dominé par une seule société, Google, dont la situation hégémonique lui permet d’imposer ses oukases algorithmiques à toute velléité éditoriale en ligne. Scoop…

On aurait pu ajouter que cette société formate également le langage naturel (Google Suggest par exemple) pour favoriser la vente de mots clés catalogués par sa régie publicitaire Adwords, et que ce faisant, modeler le langage c’est aussi modeler la pensée… Passons.

Le contexte est dictatorial selon le journaliste, tyrannique. Dans sa manière de formuler cette profonde analyse, Colombain nous présente Google comme le dictateur et le SEO comme son bras armé. Aussi regrette-t-il un formatage des contenus qui ne laisse aucune place aux métaphores et aux jeux de mots, découvrant ainsi les limites des algorithmes californiens.

Rien ne l’empêche de produire les titres qu’il veut et d’acheter de l’audience via Google Adwords par exemple. Mais non. Rien ne l’empêche non plus de s’en tenir sans concession au papier comme le Canard Enchaîné qui n’a rien lâché et ne s’en porte pas plus mal. Mais non. Fallait-il qu’il soit servile mais tout en pleurant de bonne conscience.

Le SEO c’est la dictature on te dit. La question que se pose le journaliste est donc la suivante :

« Comment être visible sur les moteurs de recherche sans céder à la dictature du SEO ? »

N’ayant pas la réponse, il se plie lui-même dans son article à une optimisation en règle du contenu, de la balise title, des métadonnées et du balisage sémantique. Une manière de dénoncer la « dictature » en gardant le doigt sur la couture.

La lueur de lucidité (fiat lux) vient quand Colombain se demande si au final cette « dictature » n’est pas en réalité une « forme de démocratie ». Derrière l’apparente contradiction, il concède que le lectorat voulant lire de la merde, il lit donc la merde, la demande faisant loi (injonction à laquelle il semble offrir si facilement ses bonnes grâces).

L’ironie de l’histoire (et il n’y en a pas qu’une), c’est que la « dictature » Google a signé un partenariat avec l’école de journalisme de Sciences Po en 2011 et qu’entre autre, Google y dispense des cours de SEO…

 

L’argent contre la morale (et les « vrais » journalistes)

Le procureur Colombain achève son réquisitoire sur un tiers exclus banal: argent vs morale. Pour lui il y a deux groupes, deux mondes, faits d’un côté de bons journalistes désintéressés (forcément) et de l’autre les margoulins agités par une vénalité opportuniste.

« Certains sites, peu scrupuleux, n’hésitent pas à suivre en temps réel les mots-clés à la mode pour produire quantité d’articles sur ces sujets. Cela permet de «  faire du clic  », comme on dit, et de gagner de l’argent grâce à la publicité. Que reste-t-il aux médias réputés «  sérieux  » ? »

On doit donc comprendre que les « médias réputés sérieux » ne s’adonnent pas, eux, à des pratiques consistant à faire du clic pour vendre de la publicité. Et bien sur, ces « médias réputés sérieux » ne se livrent pas, eux, à des pratiques SEO extrêmes dont le seul objectif est de capter de l’audience pour la monétiser.

Médias réputés sérieux et trafiquants d’audience

Dissimuler (aux utilisateurs) des liens hypertextes (backlinks) dans un contenu pour renvoyer vers un site qui crache de la pub à gogo c’est sérieux ?

Tant mieux, car c’est le cas de lemonde.fr par exemple… (Et depuis un baïl, Sylvain en parlait déjà en 2011 -Ridiculise Google comme leMonde.fr-)

lemonde.fr toujours, très sérieux, qui mène une campagne de pur SEO sur les élections municipales en affichant des pages de 2008 dont le titre (balise <title>) est « Résultats élections municipales 2014 – Saint Benoît-d’Hébertot », c’est sérieux ?

On pourrait citer également lesechos.fr qui s’offre une solide liste de liens sortants un chouïa optimisés vers des partenaires à coups de « banque en ligne » (banques-en-ligne.fr) ou « mode homme » (rueducommerce.fr), etc. SEO dictateur mais pratique hein ?!

 

Outre que tous les sites d’information en ligne « réputés sérieux » ont des stratégies SEO avancées pour ne pas dire « high level » (salutations) tendance « black hat » (pratiques d’optimisations « interdites » par Google), ils sont loin de s’en contenter.

Ainsi liberation.fr a son propre site de rencontres (oui, ceux qui disent faire du journalisme).

Et le lefigaro.fr n’a-t-il pas  lui aussi étendu sa conquête du clic en lançant une plateforme de jeux en ligne ? Et si.

On passera sur nouvelobs.com qui a son propre site de vente en ligne (objets divers et mille conneries), ou lepoint.fr qui s’est diversifié dans les bagnoles ou le pinard.

Ah oui, et pour finir le tour d’horizon, leparisien.fr s’adonnant à un bon gros SEO qui tâche en footer de homepage vers des codes promo c’est pas classe ?

Mais que reste-t-il aux médias sérieux ? Non mais je vous le demande ! Du cul, des jeux, des promo, du fric, des chaussons, tout est bon…

Médias réputés sérieux : cadors de la monétisation et du SEO

Ah oui, les médias sérieux, eux, ne font pas d’analyse en temps réel sur les mots clés pour faire du clic à gogo…

Cela dit, ils (certains en tout cas) analysent en temps réel les pics d’audience et mobilisent les rédactions pour produire des articles à la pelle quand le sujet fonctionne. Non non, ça n’a rien à voir !

Outbrain, société spécialisée en liens sponsorisés, propriétaire de Visual Revenue équipe lemonde.fr de ses trackers n’est-ce pas ? Et c’est quoi Visual Revenue ? Hum ? Simplement des algorithmes d’analyse d’audience en temps réel qui optimisent le rendement des liens et des contenus…

Ainsi la stratégie éditoriale est orientée en fonction d’algorithmes qui indiquent les sujets susceptibles de générer le plus d’audience possible. C’est le cas de Chartbeat par exemple, qui équipe de nombreuses rédactions (lemonde.fr toujours, mais aussi nouvelobs.com, lexpress.fr, ou sud-ouest.fr pour la PQR avec Midi Media).

L’ampleur de l’hypocrisie est à la limite du quantifiable. Ces médias « réputés sérieux » sont eux-mêmes des agences SEO à la pointe de ce qui se fait en la matière. Ces médias sont tous la propriété de groupes qui sont aussi des régies publicitaires. Ces médias ont tous diversifié leurs services (jeux, rencontres, comparateurs, etc.). Ces médias sont tous dotés d’outils d’analyse en temps réel qui permettent d’augmenter l’audience et les clics.

Que reste-t-il aux médias réputés «  sérieux  » ? » Je vous le demande Monsieur Colombain ! Au passage il existe des journalistes pensant exactement le contraire

« La plupart des sites d’infos généralistes recherchent le clic car les revenus publicitaires dépendent de cela. LE CLIC ET LES CHIFFRES, LES CHIFFRES, LES CHIFFRES « 

Les média sérieux et leurs régies publicitaires

En réalité la captation d’audience est devenue depuis longtemps une « prédation d’audience », bataille dans laquelle sont engagés tous les médias d’information, y compris ceux (les « sérieux ») dont le gouvernement a obtenu qu’ils soient eux-mêmes subventionnés par Google (60 millions d’euros) histoire de boucler la boucle.

Dans ce cas-là on notera que les journalistes n’ont pas hurlé à la dictature Google, histoire de ne pas mordre la main qui les nourrissait n’est-ce pas ?

Google est bien le seigneur de l’audience et les médias les plus sérieux lui portent allégeance, c’est le cas par exemple de Sud-Ouest qui se targue d’un accord précurseur entre régies publicitaires. On pourrait parler également du Nouvel Observateur qui avait confié la totalité de sa publicité en ligne à Google de juillet 2013 à octobre 2013 avant de revenir dans le giron de la régie Audience Square.

Voici pour reprendre leur expression, les « marques media premium » que la régie se fait forte de commercialiser…

 

On pourrait objecter que fort heureusement, les médias d’information français « sérieux » n’ont pas les mêmes pratiques que Google. Dans le sens en tout cas où Google est une société qui permet de coter en bourse la vie privée (sans contrepartie) à hauteur de 1200 $ l’action environ.

Pour autant la société Audience Square utilise des technologies similaires, d’où la présence du tracker Ezakus sur l’ensemble de ces sites. Et que fait Ezakus ? Réponse d’Audience Square himself :

« la collecte, la qualification et la restitution de données à des fins de ciblage des internautes »

On commence à comprendre que les médias français, toujours sérieux, ont, comme Google, leurs régies publicitaires et, comme Google, leurs algorithmes avancés de datamining afin de pousser contenus et publicités d’après des analyses comportementales (donc intrusives). Certes on nous explique que là, la vie privée est protégée au motif (sophistique) du respect de l’anonymat… après le Greenwashing, le Privacywashing

 

Après le bout du nez de Jérôme Colombain

Il semblerait que le moralisateur ait éludé dans son analyse les conséquences mêmes d’une information « gratuite » (en apparence). Ce choix fait de la publicité la seule source de revenu viable. Elle fait donc aussi de l’information (capteur d’audience) un « produit marketing comme un autre » tel que le souligne Alain Weill dans la droite ligne du « temps de cerveau disponible » de Patrice Le Lay.

D’ailleurs la vieille dichotomie entre les notions d’information et de publicité a fait long feu. Les satrapes de la Sillicon Valley ont déclaré depuis longtemps l’abolition de cette frontière à la rentabilité douteuse (Cf. la publicité plus pertinente que l’information).

Premièrement parce que leur modèle économique est fondé sur la confusion entre publicité et information (Adwords et organique) -ars celare artem-.

Deuxièmement parce que c’est Google qui a déclaré officiellement l’absence de différence ontologique entre les deux notions.

L’industrie de la recherche d’information est dominée par un modèle économique que Google partage avec l’ensemble des médias français, y compris les plus sérieux, la vente de publicité. Faire croire qu’il y aurait d’un côté le dictateur Google et de l’autre les gentils médias franchouillards ne relève pas uniquement d’un manichéisme infantile mais surtout d’une hypocrisie corporatiste qui masque la réalité publicitaire.

Google, le seul problème ?

Si Jérôme Colombain avait attendu quelques jours avant de sortir son réquisitoire il aurait peut-être enrichi son angle d’approche. La même semaine L’Expansion et Slate s’inquiètent d’une nouvelle tendance.

L’audience américaine proviendrait dorénavant plus de Facebook que de Google

Il est déjà reproché que sur Facebook, l’information n’informe pas et nourrit uniquement l’émotion. Encore pire que Google !

Car cette « pornographie émotionnelle » exsudée dans les timeline se présente comme une « formidable arène d’exhibitionnisme masturbatoire » (Ippolita – J’aime pas Facebook) dans laquelle l’information n’est qu’une langue de chat dissoute par la cyber-compote des affects.

A quand un article nostalgique sur Google qui garantissait (au moins) une certaine qualité de l’audience pour l’information, la vraie ?

Résumé

Alors si on récapitule. Les médias sont comme Google, ils vendent de la publicité via leurs régies publicitaires en installant des trackers qui analysent les comportements. Les médias sont comme Google, des machines à capter de l’audience et générer du clic. Les médias pratiquent un SEO avancé et agressif, d’ailleurs ce dernier est enseigné par Google à l’école de journalisme de Sciences Po. Mais à part ça, il faudrait pousser des cris d’orfraie contre la dictature du SEO et les sites cupides dont la finalité est de capter de l’audience, et les opposer aux « médias sérieux » qui font du journalisme.

Bref, à ce bal de faux-cul, l’entrée est gratuite du moment que vous consommez de la publicité.

 

La CNIL s’offre un backlink royal sur la homepage de Google

Écrit par – 8 février 2014

Chacun sait à quel point une publicité sur la homepage de Google serait dispendieuse. Avec plus de 40 millions de visiteurs en France par mois, on vous laisse faire le calcul. On savait que Google avait déjà étudié la question mais s’ensuivait un problème d’image et de crédibilité. Las, Google vient de franchir le pas et honore d’un backlink de luxe la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (pas d’ancre et petit contexte sémantique, que du naturel). Enfin, si la CNIL ne se prend pas Pingouin c’est un joli coup…

Bref, les mauvaises langues diront que c’est une contrainte de la CNIL qui vient de condamner Google à la somme exorbitante de 150 000 euros, ce qui représente environ 1/10000ème du chiffre d’affaire (non officiel) réalisé en France en 2013. A l’échelle d’une société d’une société qui réaliserait un CA de 500 000 euros, l’amende correspondrait à 50 euros. Pas de quoi rabioter sur les tickets resto…

Roulement de tambour….

google-condamnation-cnil-150000-euros-fevrier-2014

Mais alors c’est à n’y plus rien comprendre. Et oui, souvenez-vous

D’ailleurs la CNIL reproche à Google son utilisation des cookies, pourtant Google dit bien qu’ils servent l’intérêt de l’utilisateur en « assurant le bon fonctionnement » de leurs services ?

Pour la forme voici précisément le motif de la décision et les griefs valant cette si lourde sanction (source):

  • La société n’informe pas suffisamment ses utilisateurs des conditions et finalités de traitement de leurs données personnelles. De ce fait, ils ne peuvent comprendre, ni les finalités de la collecte, celles-ci n’étant pas déterminées comme l’exige la loi, ni l’ampleur des données collectées à travers les différents services. Par conséquent, ils ne sont pas mis en mesure d’exercer leurs droits, notamment d’accès, d’opposition ou d’effacement.
  • La société ne respecte pas les obligations qui lui incombent d’obtenir le consentement des utilisateurs préalablement au dépôt de cookies sur leurs terminaux.
  • Elle ne fixe pas de durées de conservation pour l’ensemble des données qu’elle traite.
  • Elle s’autorise enfin, sans base légale, à procéder à la combinaison de l’intégralité des données qu’elle collecte sur les utilisateurs à travers l’ensemble de ses services.

C’est ballot car ce que reproche la CNIL à Google au travers de ces 4 griefs, au fond, c’est d’être Google.

Ce qui change sur le web depuis les révélations d’Edward Snowden

Écrit par – 1 novembre 2013

Depuis l’effondrement de la bulle spéculative des années 2000, les vendeurs de web avaient relancé leur activité avec le 2.0, marquant moins la socialisation que l’introduction à échelle industrielle et planétaire du modèle économique de la publicité (Google, Facebook, Microsoft, Yahoo !, Twitter, etc.).

Patiemment, ils ont méthodiquement distillé une image « fun » et « cool » du web, rapide et gratuite, au service des utilisateurs, exploitant avec aisance l’idée d’une philanthropie désintéressée, comme le fait Google :

Lorsque nous concevons un nouveau navigateur Internet ou lorsque nous apportons un plus à l’aspect de notre page d’accueil, c’est votre confort que nous cherchons à satisfaire, et non un quelconque objectif interne, ni les exigences de résultats de la société.

Avec sa capitalisation boursière de 300 milliards $ et ses 50 milliards $ d’évasion fiscale aux Bermudes, Google expose sans complexe une théorie à la limite de l’anti-capitalisme.

Le modèle économique dominant: la publicité

Le modèle publicitaire s’appuie sur un principe simple, l’ensemble de l’audience est LE fichier client, la chose vendue à l’annonceur. Plus la régie publicitaire connait son fichier client, plus elle pousse une publicité ciblée, plus cette publicité a de valeur (la croissance des probabilités de conversion). Le temps passé par l’utilisateur sur Google est du « temps de cerveau disponible » vendu.

Sauf qu’au contraire de la télévision, et c’est bien plus efficace, la publicité et « le produit d’appel » sont synchrones. Au point aujourd’hui qu’il n’y a pas de différence ou presque entre les deux. Mieux, Google défend l’idée que ses publicités ont plus de valeur informationnelle que les informations elles-mêmes.

Ou dit autrement:

Toutes les plateformes comme Google, Facebook, Amazon et d’autres sont confrontées à un dilemme: plus elles sont intrusives, plus vos données, les data comme on les appelle, valent chères et sont valorisées auprès des annonceurs

Je n’ai plus de vie privée: « c’est cool »

Jusque-là, tout allait bien pour ces nouveaux oligarques du web. La suppression de la frontière entre vie publique et privée et entre information et publicité ne suscitaient guère d’inquiétude hormis une minorité.

Le calcul coût/avantage était remporté haut la main par la gratuité du produit d’appel. Ca restait « fun ». Le constat du Sénat que l’Europe était devenue une « colonie numérique » des USA, ou le rapport Colin & Colin sur la fiscalité numérique n’avaient guère ému.

Même l’évasion fiscale de plusieurs dizaines de milliards par an n’avait pas suscité plus d’émoi qu’un tremblement de terre en Patagonie, le web restait « cool ».

Le web était « fun » et « cool » jusqu’aux révélations d’Edward Snowden sur les pratiques de la NSA et ses accords avec les géants de la publicité numérique. Même l’Europe et son Parlement anachronique a du faire un geste : modifier la directive de 1995 qui traite du sujet… en 2015, surement par souci des chiffres ronds pour fêter les 30 ans de la législation européenne sur le web

Ce n’est pas comme si en 2009, Eric Sadin dans « Surveillance Globale » avait déjà tout décrypté sur l’alliance du sécuritaire et du marketing.

Les barbus contre-attaquent

Côté citoyen, l’élément notable en France est la redéfinition des centres d’intérêts de la Quadrature du Net. Jusque-là appliquée à lutter contre le sarkozysme numérique, incarné à merveille par la loi Hadopi, cette association se voue désormais à la défense de la vie privée.

http://www.controle-tes-donnees.net/

Côté info, Courrier International s’engouffre dans la brèche : « Google, Facebook, Apple… Le pire des mondes ; pourquoi la Silicon Valley ne fait plus rêver ». On y constate la suprématie de ces groupes, « Etats dans l’Etat » comme le rappelle Hans Magnus Enzensberger dans « Le terrorisme publicitaire », qui veulent faire sécession avec les USA.

Ca tombe bien, c’est le cas aussi pour l’ICANN, dont certains « architectes techniques d’internet » comme Vinton Cerf, (qui porte bien son nom), ont été achetés par Google (depuis 2005), un hasard…

Toujours plus fun, toujours plus cool

Alors que les masques du web sont tombés, la machine est restée lancée. Facebook annonce fièrement qu’il sera bientôt capable de traquer les mouvements de souris. Google construirait un data center flottant dont l’installation dans les eaux extraterritoriales lui permettrait une optimisation fiscale définitive. Les deux industriels de la collecte de données ont d’ailleurs fusionné leurs intérêts via la filiale de Google, la régie Double Click.

En parallèles les 4×3 version web arrivent dans les résultats de recherches de Google:

 

Jeff Bezos à la rescousse de ses intérêts ?

Après les dégâts les réparations. La NSA rend un grand service à ces industriels, en publiant via le Washington Post, un post-it « démontrant » que les industriels étaient espionnés à l’insu de leur plein gré avec le programme Muscular.

Il faut rappeler que le propriétaire du Washington Post est Jeff Bezos. Que Jeff Bezos est le président de la société Amazon. Et que Jeff Bezos possède pour 1,5 milliards d’actions dans la société Google, ce qui n’a peut-être rien à voir.

Mais ça tombe à pic. La réaction ne s’est pas faite attendre, Google s’engouffrant dans le chant de l’indignation, se disant :

troublé par les allégations selon lesquelles le gouvernement intercepte le trafic entre nos centres de données, et nous ne sommes pas au courant de cette activité.

Bref, la version Prism à la sauce Bezos est une victimisation de Google, ignorant totalement que la NSA avait accès à ses données. Mobiliser tant d’énergie et de subterfuges pour sauver l’image du soldat Google montre l’ampleur de la déflagration.

Google s’est finalement décrédibilisé. En réaction au premier volet de l’affaire Prism, l’industriel s’était positionné sur la défense de la vie privée :

Notre mission : améliorer votre sécurité, protéger votre vie privée et concevoir des outils simples vous permettant de maîtriser votre navigation.

Si telle était réellement « la mission », elle a lamentablement échoué, faisant douter des compétences réelles de Google en la matière. Qu’on se rassure, il ne s’agissait que d’une communication de crise, autrement dit du vent.

A suivre…

Il y aura un avant et un après Edward Snowden. Ou bien les industriels des data sont complices du gouvernement (et ses actions illégales), ou bien ils sont incompétents et incapables de remplir leur mission.

« Le web » vient d’afficher au grand jour la réalité qui se cache derrière la propagande « fun » et « cool » menée tambour battant 2.0 par les professionnels du marketing. La fête est finie, le magicien a fait tomber les cartes qu’il cachait dans ses manches.

Pour ceux qui n’avaient rien suivi, une petite vidéo dédramatise en expliquant tout ça.


Comment la NSA vous espionne (expliqué en patates) par lemondefr

Dans Google Adwords, la liberté est un mot clé comme un autre

Écrit par – 26 octobre 2013

Dans un système techno-centrique, la valeur morale est contenue intrinsèquement dans l’outil. Par conséquent, Google c’est bien. Dans le même ordre d’idée, le champion de la fraude fiscale a fourni deux nouveaux services récemment.

On notera le 21 octobre (New York) le lancement de uProxy, inaugurant dans l’écosystème Google, la socialisation des IP. Pour Yasmin Green, directeur de Google Ideas, « two clicks on my side to bypass a repressive regime » [source]. Le discours marketing se concentre ici sur la défense de la liberté d’expression et la lutte contre les régimes non démocratiques.

Tir croisé, Google a également lancé Project Shield, une cartographie en temps réel des attaques DDos dans le monde avec Digital Attack Map. Le discours là aussi s’appuie sur la défense des libertés : « Project Shield is an initiative launched by Google Ideas to use Google’s own Distributed Denial of Service (DDoS) attack mitigation technology to protect free expression online” [source].

Ces deux initiatives ressemblent à s’y méprendre à des contre feux anti Prism, affaire dans laquelle Google s’est fait épinglé avec la NSA comme fournisseur officiel de données personnelles. Là où actuellement le Community Manager des USA défend l’espionnage (légal ou non) pour la préservation de la sécurité, Google s’oriente vers sa sœur ennemie : la liberté.

Cela étant, l’accord sur la censure du web entre Google et le gouvernement chinois n’est pas remis en cause. Que dire du voyage, en janvier 2013, du patron de Google en Corée du Nord ? Que penser de son déplacement, 2 mois plus tard, en Birmanie, pour nouer des accords commerciaux ?

Il est difficile d’être crédible sur le terrain politique de la défense des libertés, quand officiellement, au nom du business, elle n’a aucun poids dans la balance. Réduite ainsi à un gadget marketing, la notion « liberté » est déclassée de droit fondamental à plugin politique.

Dans le même sens, lorsque Google masque les requêtes par lesquelles les utilisateurs entrent sur les sites web (no provided), c’est officiellement au nom de la défense et la préservation des données personnelles. Mais si l’on achète ce même trafic à la régie publicitaire de Google (Adwords), ces données ne sont plus dissimulées. Il suffit donc de donner de l’argent à Google pour que la préservation de la vie privée ne soit plus un enjeu. Exit le not provided…

A plus de 1000 $ l’action, il vaut mieux rester prudent…

Google Maps: les geeks français moutonnent, il faut compter sur le suisses

Écrit par – 11 octobre 2013

Les technophiles français urinent de bonheur. Ils ne célèbrent pas les 8,8 milliards d’euros que Google a transféré aux Bermudes en 2012. De cela ils ne parlent guère. Non, ce qui les renverse c’est la nouvelle version de Google Map qui permet d’ajouter ou modifier un itinéraire.

Pour vous cela n’est pas grand-chose, pour un geek c’est un évènement. En témoigne un certain Nicolas Catard sur Begeek [ส็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็]. (Oui dans cet article j’offre des hypertextes en thaïlandais, ça change).

Pour lui la vie est simple : « Google a ajouté un peu de Google Now dans Maps. Si vous avez réservé un billet d’avion ou une table de restaurant en utilisant votre compte Gmail et lorsque vous cherchez l’itinéraire pour vous y rendre, Maps vous indiquera l’heure de départ de votre avion ou votre table de restaurant. Pas mal du tout ! ».

Ainsi vont les louanges et les exclamations dans les pure player. Dans le Journal du Geek  [ส็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็], aucun problème détecté. Pas plus que pour ZDN  [ส็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็] et ou Gizmodo  [ส็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็] à qui cela semble plaire, tant mieux. Pour finir tout va bien aussi dans PC Impact  [ส็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็] et Fredzone  [ส็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็] qui bêlent à l’unisson de leurs petits camarades. Même son de cloche bien sur 01Net  [ส็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็็], il ne fallait pas rêver.

En France tout va bien, Google est merveilleux. Il faut aller Suisse pour lire une réaction « adulte » à l’annonce de Google Maps, vers la Tribune de Genève qui titre « Google Maps s’intéresse de près à vos données personnelles ».

Effectivement, la personnalisation des données cartographiques passe par un data mining intrusif comme la lecture des courriers électroniques. C’est déjà le cas pour pousser la publicité, et cela dit dénoncé aux USA mais Google est passé en force. La seule information vraiment valable de l’annonce de Google est son extension du profilage.

Toujours raccord avec Google Maps, on pourra citer l’artiste canadien Jon Rafman, qui a collecté sur  Street View des photos qui méritent l’attention. On les trouve sur son site 9 Eyes (en référence aux caméras à neufs objectifs utilisées par Google).

En voici une bien sentie pour la circonstance de ce post…

 

Google: premisses d’une data-dictature soft

Écrit par – 19 août 2013

Ce post ne peut être compris sans avoir pris connaissance en prérequis de cette phrase de Noam Chomsky :

« La propagande est à la démocratie ce que la matraque est à la dictature ».

Ceci étant fait…

Google, le nouveau champion de la vie privée

Le site google.fr affiche en ce jour :

Google ne se contente pas d’être une entreprise à but lucratif. La protection de la vie privée est au cœur de sa volonté messianique

Il est enfantin de lire une réaction au scandale international de l’affaire Snowden. La NSA ne fait qu’appliquer la loi américaine en vigueur… Google réagit ici à une crispation de l’opinion publique et tente de reprendre la main après la fuite de milliards de dollars sur le marché du Cloud.

Le contexte est ironique puisque Google a déclaré la guerre à la vie privée depuis longtemps, cette dernière étant l’obstacle principal au flicage comportemental nécessaire à la publicité. Toujours plus ciblée, toujours plus poussée (et non trouvée), le modèle économique de Google repose sur l’indistinction entre vie privée et vie publique. Que d’ironie à les voir aujourd’hui se lancer dans une propagande sur le respect de la vie privée…

La censure selon Google

Google se fend d’être mécanique, c’est faux. Ses algorithmes sont bien trop chiches pour remplir correctement la tâche attendue. Alors il emploie des hordes de besogneux chargés d’évaluer la « pertinence » des sites web selon le cahier des charges établi par Google.

Une censure éditoriale de ce type relève typiquement d’un régime dictatorial. Dans les démocraties la liberté d’expression est en général associée à un droit fondamental. En France elle est protégée par l’article XI de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen garantie par la Constitution.

 

Résultat de recherche impartial et objectif

Le mot d’ordre, car si ces résultats naturels étaient faussés en fonction des intérêts particuliers, la crédibilité du moteur serait affectée. C’est ce qu’on pensait. Visiblement Google évolue et ne cherche plus à défendre cette impartialité comme source de sa valeur et de son « éthique algorithmique ».

Les résultats de recherches sont en avance sur la propagande officielle encore en vigueur. Maintenant lorsque Google lance un nouveau service web, il faut s’attendre à ce que ce dernier soit directement projeté dans les premières positions. Quoi de plus normal…

Renversement de valeurs

Lorsque Google parle de « démocratie du web« , la propagande atteint évidement son paroxysme. Si la firme consomme avec tant d’ardeur ce que le cerveau humain produit, c’est pour lui fournir en retour une impression de facilité, de rapidité, de monde simplifié à outrance par la grâce d’algorithmes secrets et magiques.

Déjà en 1970 Jacques Ellul avait compris pourtant:

« L’univers chiffré de l’ordinateur devient progressivement l’univers tenu pour réalité dans lequel nous nous insérons« .

Un pente glissante serait de laisser à Google le soin de penser, concevoir et fabriquer cette réalité.