Catégorie : Mon ami Google

A la mémoire souillée de Paul Otlet par son propre Mundaneum et Google

Écrit par – 1 avril 2013

Un événement important va s’achever le 1er juillet 2013 à Mons en Belgique. Il s’agira de la clôture de l’exposition du Mundaneum Renaissance 2.0 : Voyage aux Origines du Web, lancée le 09 octobre 2012. L’événement se concentre avant tout sur l’inventeur du web, le juriste, documentaliste, bibliographe et humaniste Paul Otlet ; accompagné dans son aventure par le prix Nobel de la Paix de 1913 Henri Lafontaine, (pour sa contribution à la création de la Société des Nations).

Crédit : mundaneum.org

L’oeuvre trahie de l’inventeur du web par le marketing tout puissant

Mais quelle traitrise à la mémoire de Paul Otlet, de vendre son âme à Google, qui a sauté sur l’occasion pour s’associer au projet et redorer son image à peu de frais. La collaboration de Google au travail de Paul Otlet est une insulte, un vomi dégoulinant sur sa tombe. Pour autant le directeur du Mondaneum y voyait une « formidable opportunité » et le premier ministre belge Elio Di Rupo, également bourgmestre de Mons, s’en félicitait.

A-t-on vu la Corée du Nord espérer le prix Nobel de la paix pour son dirigeant Kim Jong Un ? Imaginerait-on le Japon financer un programme contre la pêche à la baleine bleue ? Les diamantaires d’Anvers se liguer contre les tarifs colonialistes des diamants africains ?  Monsanto s’associer à un groupement écologiste pour la libre circulation des semences ?

Visiblement aucun problème de cohérence pour nos amis belges.

Le rapport de Google avec l’humanisme de la connaissance ?

  • Google est une agence de publicité qui fait fortune en privatisant des mots et exploite le capitalisme cognitif comme une bande de corneille sur une carcasse.
  • Google espionne les internautes et les place en situation de « liberté surveillée » comme s’ils avaient commis un crime et cartographie leur intimité pour la vendre au plus offrant.
  • Google n’accroit pas les libertés, il les diminue, ni plus qu’il ne permet l’échange des connaissances, il les conditionne comme des marchandises.
  • Google exploite les faiblesses du maillage fiscal pour déporter ses bénéfices dans des paradis fiscaux et ne participe en rien à l’économie des territoires qu’il exploite. Son PDG Eric Schmidt s’en vante : « Je suis très fier de la structure que nous avons mis en place ». 
  • Google participe main dans la main avec les agences de sécurité américaines (FBI, CIA, NSA) au fichage exhaustif de tous les internautes et au stockage de leur comportement.
  • Google a fait croire au monde entier qu’il numérisait les livres par millions (parfois illégalement) dans le but de constituer une bibliothèque, il ne s’agira en définitive que d’une vulgaire librairie. Ils ne font pas la différence…
  • Google est un prédateur économique, social et culturel, sans morale, sans éthique, qui ne travaille qu’à son propre enrichissement et celui de ses actionnaires.

A ses débuts Google portait-il peut-être quelque vocation humaniste. Aujourd’hui c’est un tueur à sang froid, comme en témoigne l’ex Googler James Whittaker (version complète et traduite sur Framablog) :

« Le Google qui me passionnait était une société high tech qui poussait ses employés à innover. Le Google que j’ai quitté était une société publicitaire concentrée uniquement sur l’aspect financier ».

Le minuscule lien de Google avec Paul Otlet et son projet ne tient qu’au produit d’appel  incarné par le moteur de recherches (l’autocollant pour les mouches).  Oser aujourd’hui rapporter l’œuvre de Paul Otlet et Henri Lafontaine à un « Google de papier » est d’une déraison totale.

L’équivalent serait que Goldman Sachs est un « Secours Populaire financier ».

Une collaboration honteuse et manipulatrice

Cette exposition représente donc une perversion immense vis-à-vis de l’inventeur officiel du web et montre cyniquement le vice de cette époque où toute valeur est égale du moment qu’elle en ajoute à la communication.

Larry Page et Sergei Brin sont littéralement aux antipodes du projet porté par Paul Otlet et Henri Lafontaine. Ils n’ont strictement aucun point commun. Aucun.

Les premiers pavanent dans le classement Forbes des plus grandes fortunes mondiales. Sans originalité, ils exploitent les données personnelles comme Exxon Mobil ou Texaco exploitent le pétrole. Au moins ces derniers ne masquent-ils pas leurs réelles motivations.

Les seconds n’avaient aucune intention de ce type. Au sortir de la première guerre mondiale, ils savaient que la paix serait conditionnée par les connaissances et les échanges culturels (d’où par exemple la Société des Nations). Ils étaient portés par l’utopie que l’échange des connaissances rendant les hommes plus libres, ils seraient moins enclins à faire la guerre et ce dans une vision universelle de l’humanité.

C’est une culture humaniste que les exécutifs cupides de Montain View méprisent violemment au regard de ce qu’est devenue la société Google Inc.

Pour en finir avec cette imposture pseudo culturelle mais tellement marketing

A toute fin utile, pour comprendre l’homme et son œuvre, on peut lire l’excellent ouvrage de Françoise Levie L’Homme qui Voulait Classer le Monde (Les Impressions Nouvelles 2006).

Pour le reste je déplore une mémoire salie par la cupidité et le bling bling. Je n’aurais jamais imaginé que les belges puissent à ce point mépriser leur illustre compatriote, je ne peux croire qu’ils savent ce qu’est réellement Google.

Paul Otlet n’a pas à être traité comme une catin du marketing

Alors que vienne laver cette ignoble association la poésie de Paul Otlet :

« Et alors survint le Déluge : des guerres, des crises, des révolutions. Les Hommes furent arrachés de la grande édification, celle-ci arrachée elle-même du sol où elle avait jeté ses fondements. Pour en sauver l’essentiel il fallut l’Arche, « Navis Mundaneum » – Maintenant elle surnage les flots déchaînés; elle vogue à pleine voile vers le soleil – Le soleil qui déjà embrasse le vaste horizon de tous ses feux ».  

 

 

Big Data (Mining), CIA et Google unis pour la liberté surveillée

Écrit par – 31 mars 2013

Il s’agit ici de rassembler quelques notes et sources glanées au fil des jours. C’est moins un post en tant que tel que de la prise de note pour un travail ultérieur. Bien sûr, les commentaires ou compléments d’informations sont toujours les bienvenus.

Point de vue et angle d’observation

Tout d’abord l’exercice consiste à ne pas considérer Amazon comme un commerçant, Google comme un moteur de recherches ni Facebook comme un réseau social. Dans la problématique c’est marginal. Observons-les comme des vastes collecteurs de données (data) sur les individus (et la société par voie de conséquence).

Techniques marketing et sécuritaires, la passion des data

Les deux secteurs génétiquement centrés sur la surveillance des comportements sont la défense (sécurité) et le commerce (marketing). L’essor de la société data-centrique (terme emprunté à Pierre Lévy), rendu possible par le numérique, a permis au second de prendre de l’avance par rapport au premier ; cette période pourrait commencer symboliquement le 11 septembre 2001.

Les principaux services de sécurité des USA en ont pris la mesure. Ils bénéficient depuis 2001 du soutien inconditionnel du législateur. Non seulement avec les Patriot Act I et II, mais aussi avec le Stored Communications Act concernant le stockage des données électroniques. Cette loi permet à l’Etat d’obtenir copie de toute archive électronique sans passer par le cadre judiciaire (contournant ainsi le 4ème Amendement).

La notion d’archive semble frappée d’incomplétude alors que numériquement tout se joue en temps réel ou presque. Tout est question de kairos, de moment opportun. Le FBI peut s’appuyer sur le titre III de la loi Omnibus Crime Control and Safe Streets Act de 1968 pour intercepter une communication. Cela semble encore trop long.

Aussi l’institution fédérale veut-elle faire voter une loi lui ouvrant un accès immédiat à toute communication de type mail, VoIP, messagerie instantanée, etc. Il s’agirait alors de prendre connaissance de l’information à l’instant même où elle se forme.

Big Data, petite sœur obèse de Big Brother ?

Le vieux stockage de données à distance a été lifté par les marchands pour devenir il y a peu le Cloud (Ils sont trop forts ces voleurs 2.0…). Ca consiste à confier ses données à des entreprises qui mettent (parfois) à disposition des services de traitement de données (data mining).

Toute information stockée sur le sol américain est soumise à sa réglementation fédérale. C’est peu dire donc que la CIA avoue partager les mêmes enjeux que les firmes commerciales : Big Data is a Big Deal at the CIA, le service de renseignement recrute toute personne pouvant l’aider dans la fouille de données.

L’intérêt de la CIA pour le Big Data est transparent. Il suffit d’écouter Gus Hunt, CTO de l’agence. Il ne parle pas d’une réalité éclatée, hétérogène, éparpillée. Il parle d’une réalité formant pour lui une entité à maîtriser : le Big Data. L’enjeu est donc de contrôler la totalité des données produites sur le web. Il suffit d’écouter l’amiral John Poindexter :

« Notre objectif est de traiter toutes les bases de données éparpillées dans le monde comme un seul fichier ». 

A ce titre Gus Hunt le bien nommé rappelle la difficulté de mesurer le Big Data. En 2009/2010, Google stockait dans les 100 pétaoctets (Po), soit 1 000 000 000 000 000 octets de contenus html. Côté Youtube, (Google toujours), c’est d’après Gus Hunt plus d’un exaoctet, 124 milliards de tweets par an, ou 35% des photos mondiales stockées sur Facebook. Voir son intervention filmée.

C’est dans cette lignée que la CIA 2.0 semble avoir passé un accord de Cloud Computing avec Amazon pour un montant de 600 000 000 $ sur 10 ans. Amazon aiderait la CIA à construire un cloud privé afin de traiter Big Data et d’atteindre l’objectif fixé par Gus Hunt :

« Maintenant, le temps est proche où nous serons en mesure de traiter tous les types d’informations créées par l’homme »

La CIA sur ce point, partage avec les fondateurs de Google un dessein commun. Derrière le paravent orienté utilisateur, la franche collaboration entre marchands et services de défense US est une réalité plus crue bien que plus discrète.

Dans ce contexte de contrainte légale, l’EFF (Electronic Frontier Foundation) ne peut que déplorer sa propre impuissance, quand par exemple Google communique des échantillons de surveillance demandés par le FBI.

Internet of Everything, la prochaine ruée vers l’or (data)

Internet est en voie de disparition. Le réseau est de plus en plus centralisé sur quelques serveurs et personne ne dispose d’IP public sur un téléphone mobile. De son côté le web décline, remplacé peu à peu soit par des applications sur mobile, soit par des services web remplissant la même fonction comme Knowledge Graph ou Flight Search.

La prochaine question est l’extension du réseau à la connexion aux objets. La domotique connectée représente un marché gigantesque, totalement disruptif et fortement attractif. On le voit par exemple avec la Google Car ou les Google Glass (comme nouvel instrument de gouvernance ?). On aperçoit pour la première fois les contours d’un réseau post écran s’adaptant à toute surface, notamment tout ce qui sert à « voir au travers ».

Il s’agit des prémisses d’une humanité augmentée par des prothèses censées devenir intelligentes à terme. C’est une « transhumanité » embryonnaire (technologie BodyCom par exemple). Tout est réseau, le corps comme les objets.

On voit ainsi Cisco annoncer ses projets, comme de relier 50 milliards d’objets d’ici 2020 pour un marché estimé à 14,4 trillions $. Le slogan « Internet of everything » (acronyme IoE) se suffit à lui-même, il est simplement total, absolu.

Mais que deviendraient les données de ce nouveau réseau ? On sait déjà tout ce qui peut être fait à partir d’un « simple » web. La société de défense Raytheon commercialise par exemple son logiciel RIOT (Rapid Information Overlay Technology) qui offre un service prédictif du comportement d’un individu fiché sur les réseaux sociaux.

Ce qui serait donc nommé expansion d’internet aux objets serait aussi (et peut-être surtout) une extension du plus vaste réseau de surveillance jamais réalisé.

La convergence entre l’intérêt de l’Etat sur le plan sécuritaire et le commerce en ligne, est trop forte pour n’être pas mise à plat. Et en particulier l’Etat américain, qui récolte aujourd’hui les dividendes de son investissement à travers la DARPADefense Advanced Research Projects Agency) et ARPANET (1962), qui a abouti au réseau Internet avec le concours de l’ingénierie civile.

Le web n’offre qu’une liberté surveillée; tous coupables, mais de quoi ?

En général, la notion de « liberté surveillée » est diminuée par rapport à la notion simple et fondamentale de « liberté », règle première des démocraties occidentales en théorie. Il s’agit d’une mesure coercitive ordonnée par décision judiciaire pour surveiller un individu condamné, mais n’ayant pas vocation à une privation totale de sa liberté : l’enfermement.

En France la surveillance électronique mobile (PSEM) est visée par la loi de décembre 2005 sur la récidive des infractions pénales. Le bracelet électronique est muni d’une puce, un tracker, (une sorte de cookie en somme), qui permet de connaitre les déplacements. La finalité est évidement coercitive.

Mais d’un point de vue commercial, quelle différence avec la navigation sur le web. L’IP est bien enregistré, stocké et les « déplacements » sur le web sont trackés et analysés. Mon IP a bien quelque point commun avec ce bracelet électronique.

Et pourtant sans condamnation, sans violation de la loi, et sans procès. L’internaute est soumis à un régime de liberté surveillée, comme s’il avait commis une infraction pénale. Il est bien libre d’aller sur les pages html qu’il veut ; pour autant, elles sont enregistrées et analysées pour connaitre son profil comportemental. Ce dernier servira à pousser vers lui, le consommateur, des offres d’achat sur mesure, à plus forte probabilité transactionnelle.

Si d’un côté internet a bien permis une forme d’émancipation par l’accès de l’écrit public à tout un chacun, le partage de connaissances, la facilité de rencontres et de dialogues, de l’autre, qu’en est-il ?

De quoi donc serions-nous coupables pour que nos déplacements web soient par défaut, enregistrés et dépouillés ? Pourquoi un salarié californien saurait-il tout de mes goûts et de mes désirs, sans le moindre consentement éclairé de ma part ? Quelle faute originelle aurais-je pu commettre pour être ainsi surveillé dans les rues du réseau ?

Je serai ainsi condamné, par défaut et sans tribunal, à une semi-liberté. Pour moitié je vais où je veux. Pour l’autre une tierce personne que je ne connais pas, sait partout où je vais, ce que je fais, ce que je dis et ce que je désire.

Voilà devenu le prix exorbitant de la liberté sur internet, sauf à posséder un niveau assez avancé pour espérer contourner le dispositif de surveillance.

Il suffit d’extrapoler et d’exporter ce modèle à l’internet des objets pour dessiner une société de plus en plus ambiguë sur la préservation des libertés fondamentales. Car de ce modèle ne demeure qu’une illusion de liberté. A chacun de vouloir ou non s’en contenter, mais au moins, en toute connaissance de cause.

 

 

 

Barbara Cassin, Notre Monde et/ou le monde selon Google

Écrit par – 29 mars 2013

Que la sérendipité est précieuse. Apparu en 1754 dans Voyage et Aventures des Trois Princes de Serendip, de Henry Walpole, le terme a connu un second souffle avec Robert K Merton en 1968:

« La découverte par chance ou sagacité de résultats que l’on ne cherchait pas ».

On connait aujourd’hui l’importance de ce terme dans la recherche d’information sur le web, Amit Singhal lui-même le mettant à l’honneur dans la « philosophie » de Google. C’est en découvrant Notre Monde, de Thomas Lacoste, que j’arrivais à une vidéo de Barbara Cassin, évoquant justement la firme de Montain View. La boucle était bouclée. Ou presque.

Barbara Cassin et le Sophiste

Barbara Cassin est philosophe, directrice de recherches au CNRS. Ses travaux sur les sophistes, et en particulier L’Effet Sophistique, ont alimenté mes modestes recherches sur les origines de la philosophie en Grèce Ancienne. Là nous ne pouvions êtres plus éloignés du Search Engine Optimization ; je vais m’efforcer de nous en rapprocher à petits pas.

Les sophistes étaient considérés par Larry Platon et Sergei Socrate comme les Black Hat de la philosophie. Ils ne se soumettaient en rien à leur guidelines conceptuelles. Larry Platon prétendait chercher la Vérité, alors que les Black sophistes visaient une redirection permanente vers l’efficacité. Ils considéraient que la relativité des résultats de recherches de Larry et Sergei ne valaient pas de se laisser imposer comme un dogme.

Le Google Monde ou la quantification de la qualité

Mais passons, c’est une vieille histoire ; voici la vidéo de Barbara Cassin.

Voici juste le passage sur Google, ou plutôt de quoi Google est-il le nom :

« La qualité devient une propriété émergente de la quantité. Nous vivons dans un Google-monde où, comme dans Google, le rang d’apparition dans la page, PageRank, est un produit du nombre de clics. Un clic, un vote, et on appelle cela « démocratie culturelle ». Cette pipolisation est à l’évidence particulièrement toxique pour la recherche : on ne remarque pas l’absence d’un inconnu, et le vraiment neuf, tout en bas de la courbe de Gauss qui représente l’opinion, ne peut même pas apparaître ».

Pour aller plus loin, Barbarin Cassin a écrit Google-Moi, La Deuxième Mission de l’Amérique en 2007, aux éditions Albin Michel. Elle y développe son analyse sur la contradiction fondatrice de Google, dont le marketing s’est épris d’une posture philosophique bancale et fallacieuse.

On pourrait revenir également sur ses prétentions de transformer la somme des subjectivités en objectivité, cela ne va guère plus loin que son alchimie marketing de la transformation de la quantité en qualité.

L’idée que vous serez une aiguille à jamais trouvable dans la meule de foin globale émerge. Comment se logo infantile le peut-il, ce Tintin au pays des voyelles de Rimbaud ? Ars celare artem, tout tient dans l’art de cacher l’art.

 

 

Google et sa Linkwheel fiscale, mise à jour du Pagebank

Écrit par – 18 novembre 2012

Pour ce billet un peu spécial je commencerai par remercier Loïc Hélias (son site qui a besoin d’un peu de sous optimisation), mais surtout une jeune infographiste de talent, Phoebe Chopin et son studio graphique Sans Crea.

Si d’aventure la mouche vous piquait de citer cette infographie (après le texte), ce serait très aimable de votre part de faire un lien non vers mon site (on s’en fout) mais vers celui de Phoebe sur « studio graphique » par exemple…

Les présentations étant faites, commençons à tailler la bavette fiscalo-seo de Google.

Google: « Il est possible de gagner de l’argent sans vendre son âme au diable »

La fiscalité est un domaine éminemment complexe. Voici donc un petit exercice de vulgarisation à l’attention des SEO’s qui sont plus à l’aise avec le vocabulaire des SERPs.

Le  Search Taxation Optimization et la manipulation du Pagebank

Pour comprendre ce qui est reproché à la société Google, première régie publicitaire au monde, il suffit de transposer son optimisation fiscale en optimisation SEO. Ce qui donne le STO, Search Taxation Optimization, une forme évoluée de reverse engineering fiscal.

En matière d’évasion optimisation fiscale, Google jouit d’une forte autorité avec un « Pagebank » de 9/10. Ce PB 9 est le fruit d’une linkwheel fiscale remarquable, un réseau de monétisation mondial fondé sur le template Double Irish Dutch Sandwich.

N’ayons pas peur des mots, c’est du grand Black Hat fiscal. Link Fisc Evolution est un outil puissant, mais attention à ne pas cramer les plans.

En effet pour le fisc, Google est passé maître dans l’art du Black Hat fiscal. D’après le Canard Enchainé, le fisc serait prêt à redresser Google à hauteur d’1,7 milliards €. L’affaire fait suite au fait que Google vient d’être débouté de sa demande d’annulation des différentes perquisitions ; l’administration fiscale n’ayant exploité aucune faille XSS dans la compta de Google.

Après avoir mis en garde Google des risques de pénalité manuelle via leur plateforme Bercy Fisc Mastertool, les quality raters du fisc ont blacklisté Google de son index primaire, qui contient les sociétés respectueuses des Guidelines de Bercy.

La Linkwheel fiscale de Google

Le fisc a ainsi dévoilé un vaste réseau de spam et autres sites satellites qui capte du trafic imposable pour le rapatrier vers son money site au Bermudes. C’est cette tentative de manipulation du Pagebank pour optimiser ses positions sur les marchés financiers qui est aujourd’hui pointée du doigt.

Petit à petit, la linkwheel fiscale de Google apparaît  Ainsi nous avons une page satellite hyper stuffée qui est la SARL Google France. Un site faible en contenus originaux mais jouissant d’un EMD, (attention au filtre du 27/09), et blindé de liens qui rapportent un max sur le fr. Il suffit ensuite de faire script pour automatiser et générer des sociétés à la volée dans les autres pays afin d’étendre le réseau (attention à ne pas les linker entre eux, chacun doit rester indépendant).

La SARL Google France  fait ainsi des liens d’affiliation vers une page de niveau supérieur du nom de Google Ireland Limited. C’est comme ça que la SARL Google France paie 5 millions d’impôt en France pour un CA estimé entre 1,2 et 1,4 milliards en 2011. Sauf que l’équipe anti-spam de l’Etat français est sur le coup, elle a repéré les bénéfices en display none dans le code source.

La page Google Ireland Limited est cloackée sur un IP delivery assez malin, car en tant que sous domaine de Google Ireland Holdings, elle vend un lien optimisé en homepage vers Netherlands Holdings BV pour faire tourner son Pagebank, tout en retournant des infos normales au User-Agent  Fisc/1.0 et ses IP français.

Ils n’ont alors accès qu’à un seul type de contenu mal spinné et non pertinent pour l’utilisateur (du fisc) : « La contribution de Google à l’économie française ne se mesure pas forcément uniquement à l’aune de sa contribution fiscale directe, mais également par des investissements forts, et par une stimulation de tout l’écosystème français ».

De son côté le Google Ireland Holdings fait une redirection 301 vers Google Bermuda Unlimited, le véritable money site de la linkwheel. Il a remplacé en 2006 un PMD appelé Google Bermuda Limited qui obligeait à déclarer les comptes financiers, le NDD est encore en pending delete.

C’est tout le réseau qui pourrait tomber. Dans la foulée Google News a été identifié comme une vaste ferme de contenus scrappés et dupliqués.

Sous le soleil des Bermudes, le magot de Black Google serait ainsi compris entre 25 et 34 milliards $.

Don’t be evil… go to Bermuda

Black Hat fiscal de Google

 

Quelques sources ayant servi à ce billet:

 

 

Adwords: plus pertinent que Pagerank pour la recherche d’information

Écrit par – 24 septembre 2012

Carnet de bord Google. Note #6

Selon un vieux schéma séculaire, l’information n’est pas un « message destiné à faire connaitre pour vendre », ce dernier appartenant à la publicité. Ce clivage reposait sur une différence ontologique entre information et publicité, il est en voie d’effacement.

De même que Google a (presque à lui seul) aboli la frontière entre information publique et information privée, il s’emploie aujourd’hui à redéfinir le périmètre de chaque concept pour n’en faire qu’un seul. Au début Google distribuait de l’information (I) pour générer de l’audience et des publicités pour gagner de l’argent (II).

Pour rentabiliser Pagerank, la technologie Adrank permis de proposer des publicités. L’information informe, la publicité fait vendre. Chacun des résultats possédait sa finalité propre. Avec le temps, Google a modifié sa philosophie initiale pour développer progressivement l’agrégation de la publicité et de l’information dont le critère n’est plus ontologique mais pragmatique : le déclenchement de l’achat, (synonyme de « pertinence »).

Les deux algorithmes participent d’une finalité commune. Or ce qu’il faut reconnaitre, c’est que Google lui-même considère l’algorithme publicitaire comme étant plus efficace que l’algorithme documentaire pour fournir des résultats informationnels pertinents. Tout ne s’est pourtant pas fait d’un coup, la progression dans le discours est assez significative.

1998 L’origine du monde Pagerank

Dans ce document fondateur (The Anatomy of a Large-Scale Hypertextual Web Search Engine), Sergey Brin et Larry Page expliquent les principes fondateurs de leurs recherches universitaires. Le chapitre Advertising and Mixed Motives montre clairement leur position.

Ils dénoncent d’emblée un conflit d’intérêt dans le cas où les résultats de recherches dépendraient d’un modèle économique fondé sur la publicité (99% du modèle économique de Google aujourd’hui).

Ils en tirent un principe assez clair :

…we expect that advertising funded search engines will be inherently biased towards the advertisers and away from the needs of the consumers.

Il faut choisir entre satisfaire l’utilisateur et l’annonceur, intrinsèquement leurs intérêts s’opposent… ils étaient si jeunes…

google-watch.org

2000 Le théorème de Googleplex

Un théorème radical nait sous la plume de Sergey Brin (avant l’entrée en bourse assurément):

« La qualité d’un moteur de recherche est inversement proportionnelle à la quantité de publicité qu’il héberge ».

google-watch.org

2001 l’Odyssée de l’Adwords

Yossi Vardi, capital-risqueur israélien embauché en même temps qu’Eric Schmidt en 2001, proposa de diviser la page dans sa hauteur, 70% pour l’organique, 30% pour l’Adwords en plus de sa présence en tête de gondole.

La publicité restait un mal nécessaire, condition de survie de la recherche naturelle et du projet de 1998. On trouve mention d’une maigre consolation de la part de Sergey Brin :

… les textes publicitaires sont lus attentivement par les utilisateurs, qui les trouvent fréquemment tout aussi utiles que les véritables résultats de recherches.

La publicité peut bien être utile, elle n’a pas pour autant un statut équivalent au résultat naturel. La publicité singe, copie la forme de l’organique, se fait passer pour de l’information, mais n’est pas une « véritable » information. Elle masque sa réelle intention (sur fond jaune discret).

google-watch.org

Mais elle atteint son but. C’est pourquoi donc dès 2001, Steve Berkowitz cherchant alors à relancer Ask Jeeves avec Google pouvait déclarer (de manière définitive) :

« Nous considérions Google comme une régie publicitaire ».

Qui serait assez naïf pour voir Google comme un moteur de recherches ?

2004 La pertinence publicitaire égale celle de l’organique

Rapporté par Matt Cutts, (ancien de la NSA surnommé « Porn Cookie Guy ») en 2012, l’ingénieur logiciel justifie l’égalité de pertinence entre lien publicitaire et lien naturel :

« In entering the advertising market, Google tested our belief that highly relevant advertising can be as useful as search results or other forms of content »

google-watch.org

2012 De la pertinence à l’utilité

Google est attaqué par une étude révélant que 82% d’une page de résultats de recherches ne sont pas dédiés à l’organique. Matt Cutts répond sur un forum spécialisé :

We actually think our ads can be as helpful as the search results in some cases

google-watch.org

Adwords information: relevant, useful, helpful

On peut retenir de la position de Google que :

  • si le résultat naturel n’est pas pertinent, cela relève davantage de la piètre qualité du web que de celle du Pagerank
  • la pertinence justifie l’amalgame entre information et commerce, ce n’est pas une distinction de nature mais d’usage

La recherche en ligne – Google 9 fois sur 10 – change de statut. A la ressource documentaire se substitut pour partie la ressource publicitaire pour satisfaire la recherche d’information.

Tout repose in fine sur l’idée qu’une recherche informationnelle est une recherche transactionnelle qui s’ignore selon la capacité à stimuler le désir d’achat.

Le « véritable » résultat de recherche Google est celui qui rapporte de l’argent à ses annonceurs et donc à Google. Le « théorème de Sergey Brin » s’en trouve renversé :

La rentabilité d’un moteur de recherche est inversement proportionnelle à la quantité de liens naturels qu’il héberge. 

Bonne nouvelle pour Wall Street, le clic sur un résultat naturel est un dommage collatéral en passe d’être résolu.

google-watch.org

 

 [Edit] 

 Ce billet tombe en plein concours seo « sentimancho » et la tentation est grande, je le comprends. Néanmoins cette page n’est pas un incubateur. J’en ai laissé une parce que c’était la première, pour la forme. Pour le reste on peut toujours faire preuve d’imagination… 

 

Et si on rachetait Google ?

Écrit par – 25 août 2012

Soyons directs, la question ainsi posée amène principalement au financement de l’opération. Il serait temps de rappeler aux sieurs Page et Brin et leur hypermarché de l’hypertexte, que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

Ne nous y trompons pas. Plus Google grandit, plus il s’affaiblit. Qu’on se souvienne de cette déclaration de Bill Gross en 2004, alors qu’il venait de vendre Overture et fondait Snap dans la foulée :

« La pertinence de Google décroit – le moteur commence à décliner, principalement parce qu’il est devenu une proie »

« Notre » proie pour être tout à fait clair (white hat compris et sans hypocrisie). Alors plutôt que de chasser de manière désorganisée, autant racheter Google, nous serions plus à l’aise dans les SERPs et @rudy_som remplacerait Matt Cutts avec souplesse et décontraction.

Plus sérieusement (mais pas trop)  voici une autre raison possible contenue dans cette note de Yann Moulier Boutang:

« Or ce service commun, cette infrastructure devenue indispensable à des centaines de millions de travailleurs de l’intelligence ou du soin du vivant, que deviendraient-ils si cette entreprise privée était fermée par ses actionnaires parce que ses profits ne seraient plus suffisants ? Nul doute que désormais le service de Google devrait être sauvé de la banqueroute tout autant que la finance du marché a été sauvée de la débâcle »

Tout ceci pour introduire un projet ancien qui a capoté et qui ne demande au fond qu’à renaitre de ses cendres. Il s’agit du projet GWEI pour Google Will Eat Itself.

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Acheter des actions Google grâce aux revenus Adsense

Ses initiateurs, Hans Bernhard et Alessandro Ludovico [Neural.it] avaient pour intention d’acheter des actions Google grâce aux recettes générées par Adsense pour en prendre le contrôle. Autrement dit Google permettait de se racheter lui-même.

Entre happening digital et hacktivisme, le projet a officiellement avorté quand Google a coupé leurs comptes. Il y avait cette volonté de s’opposer au Click Stream Marketing1 et à cette finalité poursuivie d’atteindre une Full Spectrum Dominance.

En 2005, l’argent gagné était de 2900 $ et avait permis d’acheter 12 actions. Le projet nécessitait une certaine patience puisque le temps d’acquisition de Google Inc. était estimé à 200 000 ans.

Le projet est donc ancien, certains le connaissent déjà. Mais il m’a semblé intéressant d’en rappeler l’existence pour les autres, à l’heure où Google affiche un regain d’agressivité dans sa volonté de formater le web selon ses propres canons.

 

 

 

 

  1. consistant à « suivre et retenir les traces virtuelles que chacun produit en cliquant de site en site, un parcours à travers le web qui forme une sorte de fil narratif sur les intentions et les désirs des utilisateurs » []