Dans Google Adwords, la liberté est un mot clé comme un autre

Dans un système techno-centrique, la valeur morale est contenue intrinsèquement dans l’outil. Par conséquent, Google c’est bien. Dans le même ordre d’idée, le champion de la fraude fiscale a fourni deux nouveaux services récemment.

On notera le 21 octobre (New York) le lancement de uProxy, inaugurant dans l’écosystème Google, la socialisation des IP. Pour Yasmin Green, directeur de Google Ideas, « two clicks on my side to bypass a repressive regime » [source]. Le discours marketing se concentre ici sur la défense de la liberté d’expression et la lutte contre les régimes non démocratiques.

Tir croisé, Google a également lancé Project Shield, une cartographie en temps réel des attaques DDos dans le monde avec Digital Attack Map. Le discours là aussi s’appuie sur la défense des libertés : « Project Shield is an initiative launched by Google Ideas to use Google’s own Distributed Denial of Service (DDoS) attack mitigation technology to protect free expression online” [source].

Ces deux initiatives ressemblent à s’y méprendre à des contre feux anti Prism, affaire dans laquelle Google s’est fait épinglé avec la NSA comme fournisseur officiel de données personnelles. Là où actuellement le Community Manager des USA défend l’espionnage (légal ou non) pour la préservation de la sécurité, Google s’oriente vers sa sœur ennemie : la liberté.

Cela étant, l’accord sur la censure du web entre Google et le gouvernement chinois n’est pas remis en cause. Que dire du voyage, en janvier 2013, du patron de Google en Corée du Nord ? Que penser de son déplacement, 2 mois plus tard, en Birmanie, pour nouer des accords commerciaux ?

Il est difficile d’être crédible sur le terrain politique de la défense des libertés, quand officiellement, au nom du business, elle n’a aucun poids dans la balance. Réduite ainsi à un gadget marketing, la notion « liberté » est déclassée de droit fondamental à plugin politique.

Dans le même sens, lorsque Google masque les requêtes par lesquelles les utilisateurs entrent sur les sites web (no provided), c’est officiellement au nom de la défense et la préservation des données personnelles. Mais si l’on achète ce même trafic à la régie publicitaire de Google (Adwords), ces données ne sont plus dissimulées. Il suffit donc de donner de l’argent à Google pour que la préservation de la vie privée ne soit plus un enjeu. Exit le not provided…

A plus de 1000 $ l’action, il vaut mieux rester prudent…

2 réflexions au sujet de « Dans Google Adwords, la liberté est un mot clé comme un autre »

  1. Qu’on apprécie ou non Google, il faut leur reconnaitre un certain génie dans la gestion de leur image ; hop, on efface Prism avec Uproxy et Project Shield ! Une belle leçon de marketing… qui passera d’autant mieux que l’opinion américaine est très divisée sur Snowden.

    • Clairement oui. Ils ont une capacité à façonner leur image et à réagir aux événements qui est hors norme.

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