A la mémoire souillée de Paul Otlet par son propre Mundaneum et Google

Un événement important va s’achever le 1er juillet 2013 à Mons en Belgique. Il s’agira de la clôture de l’exposition du Mundaneum Renaissance 2.0 : Voyage aux Origines du Web, lancée le 09 octobre 2012. L’événement se concentre avant tout sur l’inventeur du web, le juriste, documentaliste, bibliographe et humaniste Paul Otlet ; accompagné dans son aventure par le prix Nobel de la Paix de 1913 Henri Lafontaine, (pour sa contribution à la création de la Société des Nations).

Crédit : mundaneum.org

L’oeuvre trahie de l’inventeur du web par le marketing tout puissant

Mais quelle traitrise à la mémoire de Paul Otlet, de vendre son âme à Google, qui a sauté sur l’occasion pour s’associer au projet et redorer son image à peu de frais. La collaboration de Google au travail de Paul Otlet est une insulte, un vomi dégoulinant sur sa tombe. Pour autant le directeur du Mondaneum y voyait une « formidable opportunité » et le premier ministre belge Elio Di Rupo, également bourgmestre de Mons, s’en félicitait.

A-t-on vu la Corée du Nord espérer le prix Nobel de la paix pour son dirigeant Kim Jong Un ? Imaginerait-on le Japon financer un programme contre la pêche à la baleine bleue ? Les diamantaires d’Anvers se liguer contre les tarifs colonialistes des diamants africains ?  Monsanto s’associer à un groupement écologiste pour la libre circulation des semences ?

Visiblement aucun problème de cohérence pour nos amis belges.

Le rapport de Google avec l’humanisme de la connaissance ?

  • Google est une agence de publicité qui fait fortune en privatisant des mots et exploite le capitalisme cognitif comme une bande de corneille sur une carcasse.
  • Google espionne les internautes et les place en situation de « liberté surveillée » comme s’ils avaient commis un crime et cartographie leur intimité pour la vendre au plus offrant.
  • Google n’accroit pas les libertés, il les diminue, ni plus qu’il ne permet l’échange des connaissances, il les conditionne comme des marchandises.
  • Google exploite les faiblesses du maillage fiscal pour déporter ses bénéfices dans des paradis fiscaux et ne participe en rien à l’économie des territoires qu’il exploite. Son PDG Eric Schmidt s’en vante : « Je suis très fier de la structure que nous avons mis en place ». 
  • Google participe main dans la main avec les agences de sécurité américaines (FBI, CIA, NSA) au fichage exhaustif de tous les internautes et au stockage de leur comportement.
  • Google a fait croire au monde entier qu’il numérisait les livres par millions (parfois illégalement) dans le but de constituer une bibliothèque, il ne s’agira en définitive que d’une vulgaire librairie. Ils ne font pas la différence…
  • Google est un prédateur économique, social et culturel, sans morale, sans éthique, qui ne travaille qu’à son propre enrichissement et celui de ses actionnaires.

A ses débuts Google portait-il peut-être quelque vocation humaniste. Aujourd’hui c’est un tueur à sang froid, comme en témoigne l’ex Googler James Whittaker (version complète et traduite sur Framablog) :

« Le Google qui me passionnait était une société high tech qui poussait ses employés à innover. Le Google que j’ai quitté était une société publicitaire concentrée uniquement sur l’aspect financier ».

Le minuscule lien de Google avec Paul Otlet et son projet ne tient qu’au produit d’appel  incarné par le moteur de recherches (l’autocollant pour les mouches).  Oser aujourd’hui rapporter l’œuvre de Paul Otlet et Henri Lafontaine à un « Google de papier » est d’une déraison totale.

L’équivalent serait que Goldman Sachs est un « Secours Populaire financier ».

Une collaboration honteuse et manipulatrice

Cette exposition représente donc une perversion immense vis-à-vis de l’inventeur officiel du web et montre cyniquement le vice de cette époque où toute valeur est égale du moment qu’elle en ajoute à la communication.

Larry Page et Sergei Brin sont littéralement aux antipodes du projet porté par Paul Otlet et Henri Lafontaine. Ils n’ont strictement aucun point commun. Aucun.

Les premiers pavanent dans le classement Forbes des plus grandes fortunes mondiales. Sans originalité, ils exploitent les données personnelles comme Exxon Mobil ou Texaco exploitent le pétrole. Au moins ces derniers ne masquent-ils pas leurs réelles motivations.

Les seconds n’avaient aucune intention de ce type. Au sortir de la première guerre mondiale, ils savaient que la paix serait conditionnée par les connaissances et les échanges culturels (d’où par exemple la Société des Nations). Ils étaient portés par l’utopie que l’échange des connaissances rendant les hommes plus libres, ils seraient moins enclins à faire la guerre et ce dans une vision universelle de l’humanité.

C’est une culture humaniste que les exécutifs cupides de Montain View méprisent violemment au regard de ce qu’est devenue la société Google Inc.

Pour en finir avec cette imposture pseudo culturelle mais tellement marketing

A toute fin utile, pour comprendre l’homme et son œuvre, on peut lire l’excellent ouvrage de Françoise Levie L’Homme qui Voulait Classer le Monde (Les Impressions Nouvelles 2006).

Pour le reste je déplore une mémoire salie par la cupidité et le bling bling. Je n’aurais jamais imaginé que les belges puissent à ce point mépriser leur illustre compatriote, je ne peux croire qu’ils savent ce qu’est réellement Google.

Paul Otlet n’a pas à être traité comme une catin du marketing

Alors que vienne laver cette ignoble association la poésie de Paul Otlet :

« Et alors survint le Déluge : des guerres, des crises, des révolutions. Les Hommes furent arrachés de la grande édification, celle-ci arrachée elle-même du sol où elle avait jeté ses fondements. Pour en sauver l’essentiel il fallut l’Arche, « Navis Mundaneum » – Maintenant elle surnage les flots déchaînés; elle vogue à pleine voile vers le soleil – Le soleil qui déjà embrasse le vaste horizon de tous ses feux ».  

 

 

3 réflexions au sujet de « A la mémoire souillée de Paul Otlet par son propre Mundaneum et Google »

  1. On ne peut être que d’accord avec toi, Google aimait internet et les internautes à ses tout débuts, maintenant ce qu’aime Google, ce sont les billets verts et il n’est jamais rassasié.
    Je n’étais pas au courant de cette « imposture », c’est le monde à l’envers, tout ça est bien triste…

  2. Bonjour,
    J’avoue que j’étais passée complètement au travers de cette histoire. Un véritable foutage de gu… ! Mais en même temps de nos jours plus rien ne m’étonne vraiment :/

  3. Bonjour,

    Les politiciens sont malheureusement comme Google: ce qui les importe avant tout, c’est ce qu’ils ont à gagner et ils se moquent complètement de savoir si ce qu’ils font est utile ou non pour leur société.
    Ils n’ont que faire de la réalité et s’arrangent pour faire illusion devant leur peule bien trop naïf et préoccupé à faire bouillir sa propre marmite.
    Que dire de nous les français qui acceptons sans mot dire de laisser siéger au gouvernement un ancien premier ministre qui selon ses propres termes est « responsable mais pas coupable »!
    Chez moi, un responsable paie pour ses fautes, mais ici c’est le contribuable français qui a payé et qui continue d’engraisser cet être ignoble grâce à qui des milliers de français sont morts dans d’atroces souffrances!

    Cordialement,

    Bruno

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