Dis grand-mère, lis aussi la réponse de Sylvain sur Google…

[Suite au billet de ce matin sur le SEO et Google pour ma grand-mère, Sylvain (Son blog)a proposé une réponse si  fouillée et vaste, (il va y avoir débat ) que naturellement elle prend place en supplément comme post invité. Puisque Monsieur m’a posé le texte brut de décoffrage j’ai pris la liberté de le structurer un peu. Lis bien mamie, c’est très intéressant…]

Sylvain c’est à toi…

Je vais me permettre d’apporter une petite nuance, car si je suis d’accord avec le fond de l’article, au sujet de l’opacité de l’algorithme de Google, et de l’esbroufe dont le moteur fait preuve, je n’adhère pas totalement à la logique de la démonstration « binaire donc limité ». C’est mon instinct de développeur et de curieux de la nature qui fait surface 🙂

Séquences d’instructions organiques et numériques

En développement logiciel, une des méthodes est de découper les problèmes a priori complexes en sous-problèmes, en morceaux de plus en plus petits, qui finissent par devenir simples à résoudre. A l’inverse, un assemblage de routines élémentaires donne parfois un résultat qui peut sembler incompréhensible, aléatoire ou simili-humain.

Nous n’avons rien inventé, la nature a toujours procédé de la sorte, avec des méthodes polies par les années. Les cerveaux des abeilles ont évolué avec leurs yeux pour arriver à un résultat étonnant de compacité et d’efficacité, avec fort peu de moyens. Et pourtant : chaque neurone, pris individuellement, ne fait que transmettre ou pas un signal électrique en fonction de son environnement.

Au niveau au-dessus, on retrouve des analogies: si je suis une fourmi,

  • je choisis de préférence d’avancer là où je sens une trace
  • je laisse une trace derrière moi

A partir de ces deux comportements simplistes, d’un algorithme qui tient en deux lignes, un groupe de fourmis finit par trouver avec le temps le chemin le plus aisé entre deux points.

La difficulté, pour un observateur, est bien d’inférer les critères de déplacement d’une fourmi à partir du comportement observé. – Comme on essaye de déduire des SERPs des règles de classement – ambition oh combien dérisoire, basée sur un a priori invérifiable: qui a dit que le but de l’algo de Google était de classer des résultats ???)

En deux mots l’infini tient dans la main

Le numérique, en soit, dans le cadre de cette problématique, ne me semble pas un obstacle insurmontable. Nous avons beau vivre dans un monde – a priori – analogique (le physicien classique va dégainer la constante de Planck et le théoricien des cordes va hurler) , nos sens, seule interface avec ce monde, restent des plus limités.

Nous ne voyons qu’un faible spectre lumineux, ne distinguons que peu de couleurs différentes. Notre oreille est imparfaite et bien rare sont les puristes qui peuvent distinguer, à l’écoute, un morceau digital (même encodé de manière destructive en .mp3) d’un enregistrement analogique.

Tout ce qui décide de la construction d’un être vivant, en terme d’information, est codé dans son ADN parait-il: 4 lettres, soit 2 bits. 00 01 10 11 … l’alphabet du vivant est il tellement plus riche que celui de nos machines ?

Les briques du vivant, du monde lui même ne sont ni analogiques, ni en nombre infini. La table périodique des éléments est finie. Les atomes sont constitués d’éléments quantifiés, finis, avec peu de variété. L’aspect « continu » du monde dit réel n’est finalement qu’une illusion, un écran de fumée qui ne diffère pas significativement d’une simulation numérique.

La difficulté à laquelle les scientifiques sont confrontés pour trouver les « algos » de la vie semble se réduire à plusieurs niveaux de complexité. Des explosions combinatoires dans des poupées russes. Au niveau du cerveau, ce sont le nombre de neurones et de leurs connexions.

Au niveau de l’ADN, que l’on pense (faussement) avoir pleinement décrypté, on se rend compte que des portions non codantes sont utiles, que des morceaux de « code » sont compressés, que l’on a beaucoup de mal à partir du code d’une protéine à définir comment elle va se replier et donc exprimer une fonction. Ou encore, que notre ADN ne dit pas tout de nous, de notre fonctionnement tant le corps est un écosystème, et travaille en symbiose avec son environnement et les bactéries qu’il abrite.

La quantification de l’information, la résolution des convertisseurs A/D n’est ici pas critique. Certes, dans l’absolu, on perd forcément de l’information au passage; mais pour en revenir au parallèle avec Google, le point qui inquiète est dans la complexité, pas dans le numérique :

  • Des machines de plus en plus puissantes.
  • Des données de plus en plus volumineuses.
  • Des flux de données qui augmentent sans cesse.

Si l’obstacle numérique qui séparerait le vivant de la machine n’est plus, que reste-t-il ? Où résiderait donc notre humanité ?

C’est un fait, les machines deviennent de plus en plus complexes, de moins en moins compréhensibles en tant que tout. La frontière n’est plus, en théorie, qu’une affaire de complexité, d’ordonner les briques dans le bon sens.

La somme des calculs ne fait pas la conscience

Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : Si Google veut nous faire croire qu’il est (ou sera) « intelligent », qu’il « comprend » nos requêtes, ce n’est toutefois qu’une apparence fragile.

La puissance de calcul considérable du Géant n’est pas organisée comme un cerveau, ne serait-ce que de mouche, elle ne risque jamais d’accéder à une quelconque conscience, tant elle est conçue et bridée pour des taches de maintenance basiques.

Google, tel un David Copperfield digital, manie les grandes illusions…

Un algorithme livré à lui même (quoique ?), qui à partir de « briques » à priori simples, a un comportement absolument imprévisible, même pour ses concepteurs. Il semble d’ailleurs plus facile de rajouter des couches à l’oignon Google que de toucher à ses entrailles, tant le résultat serait aléatoire.

Cela ne serait finalement qu’une bonne blague, si cet algorithme n’avait pas autant de pouvoir sur nos vies, les informations que nous recevons et à partir desquelles nous agissons, nos emplois, notre économie, notre philosophie, nos valeurs morales… sans parler de l’exploitation de nos données privées…

Une réflexion au sujet de « Dis grand-mère, lis aussi la réponse de Sylvain sur Google… »

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