Internet : rapport du politique à la parole populaire

Quelques commentaires sur un texte analysant le rapport de la parole populaire au politique. Les nouveaux espaces publics de la parole qu’internet a rendu possible ont modifié le rapport au politique. Et en même temps le politique s’adapte à cette nouvelle forme de parole populaire circulant sur les réseaux sociaux et les forums. Les relations qui en découlent se trouvent bien synthétisées dans le texte qui suit.

« Sans existence ni statut, signale-t-elle, la parole populaire est un non-lieu politique en même temps qu’un lieu commun de la pratique sociale. Pourchassée par le pouvoir politique, elle prend forme et existence et s’élabore au cœur de ce système qui, contradictoirement, la nie et la prend en compte, donc, dans une certaine mesure, la crée. Inexistante et existante, la parole populaire sur les affaires du temps vit dans un entre-deux : entre le hors-lieu politique et le lieu commun d’une pratique toujours suspecte ».

Une société plus horizontale

Non-lieu politique parce qu’elle n’est pas instituée par lui mais imposée à lui. Parce que cette parole ne prend pas place dans un cadre prévu pour elle par le politique, parce qu’elle se déploie hors des canaux institutionnels. A savoir une nouvelle forme d’immanence des échanges, en dehors des structures verticales autorisées, dans une circulation horizontale. Elle vient questionner les ayants-droits de la parole légitime comme les journalistes par exemple. Il est donc associé à cette parole la rumeur, la fausse information, l’absence de filtrage.

Il faut appliquer le droit

Lieu commun de la pratique sociale car elle est là, déferlante, pullulante, dans ces canaux de conversations, les blogs, les réseaux sociaux. Le pouvoir politique tente d’y imposer sa marque de fabrique, le respect de l’interdit, la coercition et la soumission à la règle politique. « Internet n’est pas un espace de non-droit, il faut appliquer la loi ». Il faudrait y interdire l’anonymat, empêcher la connexion, réguler les contenus depuis les FAI, toutes sortes de dispositifs visant à contrôler cette parole populaire.

Une société de suspects

Cette parole populaire est donc dans un intervalle. Entre l’absence de reconnaissance – d’un cadre dont la légitimité est contestée – et une pratique toujours suspecte. Hors cadre politique elle ne saurait être autrement. C’est ainsi que prolifèrent les discours politiques sur les pédophiles, les terroristes, les pirates, etc. Cette parole populaire est si suspecte qu’il faut pouvoir la surveiller au mépris de certaines libertés politiques, (expression, privée), de manière administrative, hors du cadre judiciaire. Cette parole populaire est aujourd’hui montrée par le politique comme un enjeu de « sécurité nationale ».

Ce court texte qui s’adapte avec tant de justesse à la parole populaire sur le web n’est pas ce qu’il a l’air d’être. C’est un extrait du livre d’Arlette Farge :

Dire et mal dire. L’opinion publique au XVIIIème siècle (Seuil, 1992).