Jeu d’Echecs et SEO, approche comparative et ludique #1

Préambule

Ce post est le premier d’une petite série fondée sur des comparaisons entre le jeu d’Echecs et le Search Engine Optimization. Cette série s’appuie essentiellement sur un livre présenté ci-après. Sans aucune prétention méthodologique, encore moins prescriptrice, (il y a les « experts SEO » pour ça), cette série se veut un jeu de transpositions et de comparaisons entre les deux domaines.

Jeux de stratégie, algorithmes et combinaisons

On se souvient du match perdu par Garry Kasparov contre Deep Blue (IBM) en 1997 (bien avant l’impressionnant Watson). Pour la première fois un algorithme surclassait un être humain aux Echecs, champion du monde en titre tant qu’à faire. Les résultats de recherches de Google ressemblent à un échiquier et Montain View s’apparente de loin à un Deep Blue de la collecte et traitement de données.

Là où Deep Blue tentait de résoudre des hypothèses strictement logiques, Google s’attache à flouter l’observation d’une relation de causalité. Ceci peut-être, afin d’empêcher l’émergence stable d’un reverse engineering, qui le dépouillerait alors de l’opacité sur laquelle le moteur est fondé. Ses métriques de classement et stratégies d’évitement en font un adversaire fort sympathique, et ce d’autant que Google applique à la perfection un principe fondamental aux Echecs :

« La menace est plus forte que son exécution »

Confidences sur l’échiquier, ou penser comme un Grand Maître

Confidences sur l’Echiquier, d’Alexandre Kotov, est un excellent ouvrage. On trouve une édition récente rebaptisée Pensez comme un Grand Maître (Echecs Payot 2003). L’auteur s’efforce de présenter comment pense un Grand Maître International (GMI pour la suite). Quel est son parcours mental de la prise de connaissance d’une position, à la décision de déplacer une pièce ?

Ce livre s’attache donc à « décrire le cheminement complexe de la réflexion d’un Grand Maître durant la partie« . Nous commençons le plus naturellement par ce que contient l’introduction.

 

Quelques qualités échiquéennes utiles en SEO ?

En prérequis, Kotov fait une liste des qualités qu’il estime nécessaires :

Les connaissances

Bien connaitre la théorie des ouvertures. On pourrait la comparer aux connaissances de base du SEO, autant sur les techniques fondamentales que les différentes évolutions algorithmiques. Les points essentiels de la discipline ou le mode de calcul du Pagerank pourraient s’apparenter à cette bibliothèque des ouvertures en SEO. On peut pousser le pion de la Tour au 1er coup avec les Blancs, mais sans savoir exactement pourquoi et comment, aucune chance d’être indexé.

L’expérience

L’érudition échiquéenne, ou la mémoire d’un certain nombre de positions et de parties déjà jouées, utiles pour la compréhension des schémas. Cette qualité serait liée à l’expérience du SEO et sa mémorisation de différentes situations, soit par schémas sémantiques, archichecturaux, maillages, netlinking, etc.

L’analyse

Juger une position avec précision. L’analyse d’une situation est déterminante dans la mesure où elle conditionne la justesse des actions futures. C’est en cela qu’une SERP a des points communs avec l’échiquier. Des forces et des faiblesses, on peut déduire des avantages et des inconvénients, bref, un chemin, une méthode (met-odos en grec : suivre un chemin).

La stratégie

Définir un plan juste qui répond aux besoins de la position. Selon la position, les actions exigées sont différentes. Ce groupe d’action homogène correspond à un plan, ou une stratégie globale. Les stratégies diffèrent largement selon les positions et les situations.

On dit souvent aux Echecs qu’il vaut mieux un mauvais plan que pas de plan du tout. Le « coup par coup » conduit invariablement dans le mur. C’est peut-être encore le meilleur moyen de se faire mater par Google.

L’anticipation

Calculer vite et bien les variantes possibles, bonnes et mauvaises. Toute action entraîne une réaction et finit par composer une variante, une trajectoire, et comporte en elle les germes d’une situation future. Pas sûr que le désaveu de liens soit en cela le résultat d’une bonne variante par exemple…

Fin de ce volet numéro 1 et l’introduction d’Alexandre Kotov, la suite au prochain chapitre.

 

 

25 réflexions au sujet de « Jeu d’Echecs et SEO, approche comparative et ludique #1 »

  1. Hello,

    La grosse dif entre les échecs et le SEO c’est que d’un côté les règles sont communes, connues et fixes, de l’autre c’est l’inverse 🙂

    • Oui si on parle des règles du jeu bien sur, explicites et objectives. J’essaie d’aborder celles qui ne le sont pas justement 😉

  2. Moi qui suit fan d’échecs et de SEO, je ne peux qu’être fan de ce billet, et du parallèle entre les deux stratégies ! vivement la suite 😉

  3. Une vision qui peut s’appliquer à bien des domaines. Ton article présente ce qui me semble être une bonne approche du référencement naturel ! Mais chaque partie que « joue » un référenceur se joue sur un plateau mouvant dont il est difficile de voir les contours !
    On pourrait aussi dire que sur le papier devenir un grand maître peut paraître simple pourtant il ne sont pas nombreux… ! 🙂

  4. Il y a cependant une différence fondamentale entre le « jeu SEO vs Google » et le jeu d’échec. Dans ce dernier il y a une source d’incertitude qui est un non-déterminisme lié à l’adversaire, et il s’agit en fait de la seul source d’incertitude, le reste du jeu étant entièrement déterministe : les pièces ont des mouvements régis par des règles inflexibles et totalement déterminisées, par ailleurs on a une information complète sur l’état de la partie : historique + position de TOUTES les pièces. En revanche, dans le jeu « SEO vs Google », la situation est plus complexe : le non-determinisme est présent, mais en plus les comportements peuvent être aléatoires (utilisation d’algos probabilistes pour le filtrage par exemple) et l’information est incomplète. Enfin il y a plusieurs joueurs qui s’affrontent les uns contre les autres, avec des alliances (ou pas).

    Personnellement, je fais plutôt une analogie avec un jeu itéré à logique de tournoi, comme ce que pratique un joueur de poker qui fait une saison de tournoi. Mais pour le reste, les qualités requises sont bien choisies et j’aime bien cet article 😉

    • Je suis bien d’accord, c’est pourquoi j’ai entouré le sujet de multiples précautions, à plusieurs reprises, jusqu’à employer le terme « ludique » pour qu’il n’y ait pas de malentendu sur l’analogie et les comparaisons. C’est pourquoi d’ailleurs le sujet porte davantage sur la manière de procéder face au problème que Google et les échecs d’un point de vue algorithmique. Sur ce point où tu dis non déterministe je disais « flouter l’observation d’une relation de causalité » (sous réserve d’avoir saisi ce que tu voulais dire). Stricto sensu je te suis sur l’analogie avec le poker, mais ce n’est pas ma sensibilité. D’un point de vue métaphorique et philosophique même, je trouve cela beaucoup moins riche (Cela dit une chaise et un jeton me suffiront comme « il » disait 😉

  5. J’aime beaucoup l’analogie SEO/Echecs, et même si je suis d’accord avec le fait que l’association ne correspond pas entièrement d’après le commentaire de Sylvain P (si je l’ai bien compris), l’exercice est intéressant.

    Les places prises à l’adversité sur l’échiquier GG (qui est juge ET partie, c’est donc lui l’échiquier) ne doivent pas faire oublier qu’il suffit d’un fil d’ariane entre les pièces (un pion trop bavard ?) pour que le réseau soit mis en échec…et maté.

    • Oui il y a deux analogies. Une première algorithmique, fantaisiste et assumée comme telle; et une seconde, sur la manière dont on peut penser l’approche, légère mais fondée.

  6. Rien à faire, je n’arrive pas à accrocher à cet article. Peut-être après la parution de la deuxième partie…

    En attendant, drôle de métaphore… Tu considères que GG est mat à quel moment ? Quand ta page est au top des Serps ? Pourtant même dans ce cas, Google en tire plus d’avantages que toi !

    Peut-être que si tu comparais le SEO non pas aux jolis échecs des vrais tournois, mais plutôt à la façon dont les parties sont jouées dans une cour de récré, dans laquelle le plus costaud impose de nouvelles règles dès qu’il est en difficulté, ou pète la tronche de son adversaire s’il perd par surprise, ce serait plus pertinent ?

    A part ça, pour quand même essayer de contrebalancer cette froide vision des échecs, bien analytique et bien triste (ça a pas l’air d’être un marrant, le Kolov !), une citation de David Bronstein : « Vous n’êtes pas toujours obligé de jouer le meilleur coup. Un coup doit être actif, entreprenant, correct et beau. » Plus sympa, non ? 😀

    • Encore une fois il s’agit de comparer des approches méthodologiques du point de vue d’un joueur ou disons d’un compétiteur, et d’un SEO. Pas des Echecs et de Google, qui était une « légèreté » en présentation. Cela étant pour compléter ton commentaire hâté:
      1. Je n’ai présenté que l’introduction de son ouvrage et les qualités qu’il estime importantes. Le reste suivra.
      2. Kotov et Bronstein se connaissaient bien et ce dernier est largement cité dans l’ouvrage. Je te suggère aussi l’ouvrage de Bronstein « L’art du combat aux Echecs », je ne sais pas si tu le trouveras toujours aussi « sympa ».

      Avant d’établir des jugements définitifs (sur le style de Kotov par exemple) peut-être serait-il intéressant d’en savoir un peu plus non ? 😉

      • Tout de même, connaissance-expérience-analyse-stratégie-anticipation, ça doit valoir pour n’importe quelle discipline où il y a un adversaire à tordre : boxe, tennis, rugby, football, pétanque… Enfin bref, en effet, attendons la suite !

        Sinon oui, je te confirme que je trouve le jeu de Bronstein sensationnel. Son ouvrage que tu cites, que je n’ai pas lu, est l’analyse des parties d’un tournoi, quel rapport ?

        • En lisant les deux ouvrages, mais il faut les avoir lu justement, on trouve plein de rapports. Sinon on ne parle pas uniquement « d’adversaire à tordre », ou alors je te laisse tribune pour nous expliquer au football… Je veux bien discuter mais « jeter » des phrases sans les arguments ne permet pas d’échanger facilement ni de se comprendre. Dommage…

  7. On peut noter également que aux échecs il y a deux adversaires avec une victoire en bout de partie (parfois un pat).

    Le but d’un moteur de recherche n’est pas de désindexer des sites donc à priori il est impossible de perdre contre cet ordinateur.

    Il faut regretter cependant que la peur d’être désindexé nous rend avares en liens et finit par rendre le web stérile.

    A présent il n’est plus possible de surfer tranquillement sur des pages remplies de liens, ces pages disparaissent du classement, ou pire elle ne sont plus produites, censurées par leurs auteurs.

    Cela nous oblige tous à consommer plus du moteur de recherche…

  8. Selon moi, l’analogie la plus représentative qu’il existe entre un référenceur et un GM est la capacité de construire…un plan. La connaissance, l’expérience, le calcul, l’anticipation sont des critères qui sont commun à tous les GM ou à tous les bons joueurs d’échecs. Mais ce qui distingue ces joueurs entre eux, c’est l’aspect créatif, la faculté d’élaborer un plan (d’attaque ou de défense, c’est selon…). Aujourd’hui, ce qui évolue avec Google pour vous référenceurs, c’est sa capacité à lire dans votre jeu, à déterminer que le ranking d’un site est issu d’un plan (ou non) et à le sanctionner le cas échéant….

  9. Bonjour,
    Ces derniers temps j’ai lu plusieurs articles qui faisaient le rapprochement entre le poker et le SEO, mais j’apprécie beaucoup plus votre approche lorsque vous parlez d’une analogie avec le jeu d’échecs, c’est beaucoup plus subtil et aussi beaucoup plus vrai!

    • Bonjour
      Oui d’un point de vue mathématique le poker est plus proche en tant que système probabiliste (cf. pagerank). Là le post porte sur l’approche du seo, du coup les deux ont leur place 😉

  10. Le parallèle est de mise : les règles sont difficiles à apprendre, à connaitre d’un point de vue objectif dans les échecs et SEO. Cependant, si les échecs peuvent être joués par un ordinateur, le SEO a besoin d’une main humaine régulière.

    • C’est vraiment cela, c’est bien pour les humains que sont effectués tous ces tris. Avec tout le respect que l’on doit à l’intelligence artificielle, elle manque singulièrement de créativité. Dans une partie d’échec si votre adversaire peut prévoir vos prochains coups, la partie ne durera pas bien longtemps.

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