Petit lexique des temps qui courent, des temps réels bien sur

Le 15 juillet 1789 à 8 heures, le duc de Liancourt vint annoncer la prise de la Bastille à Louis XVI au château de Versailles.

  • « C’est une révolte ? » demanda le roi ?
  • « Non sire, ce n’est pas une révolte, c’est une révolution » répondit le duc.

C’est aujourd’hui le contraire. Plus une manchette, plus un blog pour ne pas marteler cette « révolution numérique » dont toute révolte est singulièrement absente. Comme il ne s’agit que de mots, en voici quelques-uns qui sont à son service.

 

BIG DATA

Big Data est une coquille vide. Le terme est dédié au marketing et aux médias, servant principalement à manipuler (vendeur de Big Data) ceux qui veulent manipuler (client de Big Data). Certains préfèrent le terme de « data science ». Il s’agit davantage d’une science comportementale et fonctionnaliste, la connaissance n’étant que l’instrument d’une finalité supérieure qu’est la croissance d’un marché.

DIGITALISATION

Digitalisation signifie numérisation et non prolifération des doigts. Et numérisation implique principalement la quantification avec le traitement automatique et binaire de l’information. La digitalisation sert principalement de levier au développement de dispositifs de traçabilité par les moyens de production de données numériques.

MARQUE – BRAND – BRANDING

Brand est la marque, le signe distinctif. « Marque » dans l’argot du 15ème siècle désignait la femme. Parce que les prostituées, « maîtresse de voleur », étaient marquées au sens propre. Comme l’on marque les bêtes au « fer rouge », par la brûlure, ce à quoi renvoie le terme germanique « brandaz ». Travailler le branding, c’est d’abord « marquer les esprits », préalable indispensable à la maîtrise d’un comportement dans l’économie de l’attention.

MANAGEMENT – MANAGER

De l’italien « managere », faire tourner un cheval dans un manège pour le domestiquer et le dresser. Fidèle à son origine animale, la domestication par le management demeure une technique du comportement, autrement dit une ingénierie de pouvoir. Le management s’opère dans la science des organisations comme gestion d’un « capital humain ».

MARKETING

Ingénierie des ventes. Consiste à fabriquer un marché, autrement dit des consommateurs, pour vendre des produits et des services dédiés à la croissance d’un capital. Le marketing s’est développé dans les années 30 pour soutenir la politique économique keynesienne après la crise de 29. La « relance » économique passait alors par la capacité de « fournir un marché de masse à notre production de masse » (Journal of Marketing, 1934).

Il est aujourd’hui défini comme « l’ensemble des méthodes et des moyens dont dispose une organisation pour promouvoir des comportements favorables à la réalisation de ses propres objectifs » (Mercator, 1999).

Le marketing est un dérivé de la propagande. A savoir un récit, une histoire et un ensemble d’images pour déterminer des idées et des comportements. Suite à la « main invisible », Edward Barnays inventa le terme de « gouvernement invisible ». Ce type de récit sert à la fabrication d’un désir dont la conséquence est une action déterminée (élection, achat de lessive, etc.).

WEBMARKETING

Agit moins comme une extension du marketing au web que comme un produit du marketing lui-même. Pour preuve, personne ne sait vraiment de quoi il s’agit mais ça se vend bien.

CONSOM’ACTEUR – COPRODUCTION COLLABORATIVE

Fait de transformer un coût de main d’œuvre en capital par une externalisation non rémunérée. Le spectre de la coproduction est large. Il concerne la production de données sur le web (Google, Facebook, etc.) tout comme la transformation de l’ordinateur personnel en guichet domestique.

Se rapproche de l’activité domestique féminine. Activité de production non rémunérée n’étant reconnue ni comme un emploi, ni comme une profession mais gratifiée par la reconnaissance.

MEDIA

Ensemble de représentations culturelles entre le soi et le non soi. Permet de faire « comme si », autrement dit de produire des fictions génératrices de fonctions symboliques. Se mesure principalement à sa puissance vicariale, c’est-à-dire qui se substitue à, qui remplace.

COMMUNICATION

« On ne parle jamais autant de communication que dans une société qui ne sait plus communiquer avec elle-même ». Lucien Sfez, « Qu’est-ce que la communication » PUF.

HIGH TECH

Désigne toutes les technologies accélérant au mieux le processus d’épuisement des ressources naturelles et favorisant la pollution. En général ces technologies sont présentées sous forme de progrès et solution aux problèmes qu’elles génèrent.

INTERNET DES OBJETS

Dispositif technique d’implantation de capteurs en réseau dans l’environnement domestique de l’individu afin de maîtriser sa consommation et de relancer la production manufacturière (calcul du temps de brossage des dents, grille-pain autorégulé envoyant des sms, etc.).

NUMERIQUE

Désigne l’ensemble des techniques de traitement de l’information, permettant d’imaginer à la fin de l’ère thermo-industrielle que sapiens sapiens est sur le point de faire une grande révolution dans l’histoire de l’humanité. Il suffit de lire Nathalie Kosciusko-Morizet : « On peut parler d’une grande transformation, de l’entrée dans une nouvelle ère, un peu comme l’âge de pierre, l’âge de fer ou plus exactement la découverte du feu« . Au bas mot exactement…

PUBLICITE

Ensemble des récits et des fictions qui déterminent et ordonnent les désirs de consommation. Comme l’observe Jacques Séguéla, « Une société de consommation qui refuse de consommer, c’est une jolie femme qui refuse de faire l’amour ». Honte à elle…