Première opération transhumaniste en France: l’implant party

Samedi 13 juin 2015 à Paris. Première « implant party » en France, dans le cadre de Futur en Seine (festival qui rassemble des « visionnaires du monde entier » pour « booster votre entreprise »).

Implant Party (ça sonne cool hein ?): réunion collective consistant, pour une certaine somme, à se faire implanter un implant sous la peau (puce NFC – Near Field Communication-). A ne pas confondre avec les puces RFID, plus pratiques pour les chiens et les enfants…

Dans l’imaginaire de l’individu, une certaine typologie de témoignages 1)T’as fait quoi samedi soir ? Je me suis implanté une puce sous la peau :

« Je me sens tellement mieux, maintenant, je suis au top, je suis plongé dans le futur. »

« Je suis optimisé, j’ai l’impression d’être Superman. »

« C’est comme une seconde naissance ».

De manière plus terre à terre, Superman et le nouvel homme, ouvriront certains portillons automatiques ou activeront le déblocage de leur smartphone. Libre à chacun d’évaluer sa puissance nietzschéenne à l’aune de ses fantasmes…

L’initiateur de ces « implant party » : Hannes Sjoblad. L’entrepreneur suédois est officiellement ambassadeur de l’Université de la Singularité, autrement dit prédicateur transhumaniste intronisé par Ray Kurzweil et Peter Diamandis.

L’université a pour « mission » (comme ils disent) de rassembler les gens très intelligents et les gens très riches pour produire les technologies du futur. Elle est philanthropiquement financée, entre autre, par Google et Genentech.

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L’appartenance de Hannes Sjoblad à l’Université de la Singularité est l’information dissimulée de l’opération. Elle est donc centrale. Cette information est en premier lieu passée sous silence par les organisateurs de Futur en Seine, présentant pudiquement l’opération comme une simple « expérimentation« . Sans blague.

Naissance d’une norme ?

Donc, l’Université de la Singularité est décidée à modifier les comportements et il faut commencer par la pensée, l’implantation de l’idée. Tout le monde aura noté la stratégie « early adopter », suivant les principes élaborés par Edward Barnays dans les années 20. Il s’agissait alors de la campagne pour relancer la mode des vêtements en velours aux USA.

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L’implant party se présente comme un dispositif de contrôle en vue d’une normalisation technologique : le port de la « puce électronique ». Autant la valeur technique est faible (ouvrir une porte), autant sa fonction symbolique est forte (Superman, seconde naissance, homme du futur, etc.). L’imaginaire y joue à plein son rôle de théâtre culturel de l’objet par représentations interposées. Le spectacle y fait la norme, la norme son spectacle.

Une nouvelle puce d’identité ?

Produit de l’anthropométrie d’Alphonse Bertillon la carte d’identité est restée facultative jusqu’au 27 octobre 1940, date à laquelle Pétain la rendit obligatoire (elle ne l’est pas aujourd’hui mais la justification l’est). Dans ce contexte le projet INES (identité nationale électronique sécurisée et biométrique) de l’administration Sarkozy aurait été un coup d’essai en 2003. L’administration est en progrès mais s’aligne sur l’acceptable.

A charge pour le secteur privé de faire avaler l’implant et de faire du bertillonnage numérique une technologie « smart » et « fun ». Qui parmi le public de Futur en Seine était favorable à la nouvelle loi de surveillance de masse du gouvernement français ? Elle n’aurait pourtant jamais pu « passer » si les esprits n’y avaient été préparés, en amont, par la surveillance acceptée du secteur privé. Et surtout par cette fiction sociale, consistant à lier le progrès à la technique et ainsi à l’émancipation de l’individu…

Pour l’heure, l’identité numérique à puce n’est présente qu’en Estonie (devenu un laboratoire géant) et cette puce est encore exosomatique. La convergence symbiotique est pourtant en marche.

 

 

Notes   [ + ]