Sites illégaux: Google modifie son algorithme selon ses intérêts commerciaux

Google s’adapte et accède aux demandes des ayants droits de l’industrie culturelle (autrement appelés les « rentiers de la propriété intellectuelle« ). Il déclassera les sites illégaux dans les SERPs (résultats de recherches). L’histoire n’est pas neuve. Fin 2010, les ayants droits avaient remporté une première victoire dans Google Suggest. Il y a moins d’un mois l’offensive était venue de Grande Bretagne via une opération de lobbying.

A cette occasion, Theo Bertram (responsable politique Google UK) avait vertement jugé :

Ce n’est pas à Google d’arpenter le Web pour juger ce qui est ou n’est pas légal, et je ne pense pas que les internautes voudraient que nous le fassions.

Pourtant la décision a été prise de censurer les sites qui ne plaisaient pas aux puissants ayants droits de la musique et du cinéma. L’intérêt pour Google Music semble prioritaire à la neutralité des résultats de recherches.

Et c’est bien la justification de cette modification manuelle des SERPs qui est intéressante. Le 10 aout, c’est Amit Shinghal qui explique  sur son blog:

This ranking change should help users find legitimate, quality sources of content more easily—whether it’s a song previewed on NPR’s music website, a TV show on Hulu or new music streamed from Spotify.

Ce qui vaut pour les livres ne le vaut pas pour la musique

Google connait bien la question du copyright. La société a perdu plusieurs procès pour avoir numérisé des milliers de livres sans autorisation des ayants droits (qu’on se souvienne par exemple de la condamnation à 300 000 € pour contrefaçon dans le procès qui l’opposait à La Martinière).

Deux poids deux mesures donc. Car à l’époque, Google s’appuyait sur le droit des internautes à accéder à l’information. Cela vaut donc pour les livres numérisés et référencés sans autorisation, mais pas pour la musique.

Tout dépend donc des intérêts qu’y voit Google.

Le nouveau critère des SERPs: la légitimité (= intérêt commercial)

Ce qui est particulièrement intéressant est la rupture introduite par Amit Shinghal. La censure la mieux connue dans les SERPs est celle qui est liée au respect des guidelines Google. Elle s’appuie sur l’interdiction de vouloir manipuler les SERPs à son avantage : c’est le SEO.

L’argument classique est celui de la neutralité, principe sanctuarisé pour être crédible et obtenir la confiance des utilisateurs. Neutre et pertinent à la fois. Et cette pertinence (qui implique la qualité) est la clé de voute de l’opération marketing Panda.

Neutralité et pertinence permettaient à des sites « illégaux » d’être légitimement présents dans les SERPs.

Google a donc choisi d’introduire un nouveau critère de classement (ranking factor) : la légitimité (This ranking change should help users find legitimate…). Dans cette nouvelle configuration, une information peut être pertinente, de qualité, neutre, mais censurée car jugée « illégitime ».

Qu’est devenue la « philosophie » Google ?

Or cette information est jugée illégitime non par les internautes, mais par une poignée d’ayants droits puissants. On s’amuse à relire les 10 commandements de la « philosophie » Google :

4. La démocratie fonctionne sur le Web

La recherche Google fonctionne, car sa technologie fait confiance aux millions d’internautes qui ajoutent des liens sur leur site Web pour déterminer la valeur du contenu d’autres sites. Nous évaluons l’importance de chaque page Web à partir de plus de 200 mesures et de diverses techniques, dont notre algorithme breveté PageRank™ qui détermine les sites « élus » comme les meilleures sources d’information via d’autres pages du Web.

Ce n’est donc plus « les millions d’internautes » qui déterminent la légitimité d’une information mais au contraire la Motion Picture Association of America ou la British Phonographic Industry. Pour une société qui, en 2011, jugeait la loi Hadopi comme « exagérée » en comprenant les critiques qui lui étaient faites, le renversement est total.

On comprend donc que Google monnaye l’intégrité des SERPs en échange d’avantages commerciaux (pour contrer Apple par exemple). Blekko et Duck Duck Go peuvent se frotter les mains.

Ce nouveau critère de classement appelé « légitimité » est cynique. Google adaptera ses algorithmes aux intérêts financiers et commerciaux qu’il jugera les plus avantageux pour lui. Aujourd’hui c’est la musique pour favoriser son implantation dans ce secteur. Et demain ce sera quoi ?

 

13 réflexions au sujet de « Sites illégaux: Google modifie son algorithme selon ses intérêts commerciaux »

  1. Encore un excellent billet clairvoyant sur la tournure des évènements prise par Google et les conséquences que cela va entraîner à l’échelle du web mondial !

    L’avenir appartient désormais aux déréférenceurs, aux dérankeurs et aux nseo blasters ! Les « ayant droits » ayant investi beaucoup d’argent dans leurs copyrights et leurs brevets, vont en effet embaucher à tour de bras pour dénoncer les sites adeptes du partage et de la libre-distribution en ligne…

  2. Google est notre tyran…. quelle démocratie? Google cumule en quelque sorte les pouvoir exécutifs, législatifs et judiciaire…. SEO et créateurs de sites sommes à leur merci… mais comment faire pour inciter les grand public à utiliser d’autres moteurs?

    • Tout simplement en laissant google faire 🙂 au bout d »un moment les gens vont comprendre que quand il font une recherche il vont voir celui qui a payé son adword et non plus le site de ce fameux mec qui donne l’info sans retour …

      Ou plus serieusement, en pourrissant les résultats de google, avec des infos de merde, des sites moches non pertinents, empecher googlebot d’acceder a son site … Mais effectivement il faut avant tout avoir bien fait son boulot de referencement et ne pas dépendre exclusivement de google pour l’acquisition de traffic.
      Enfin je dis cela, mais ce serais encore trop peu, car si le mec fait son taf normalement il ne vas pas negliger l’apport des moteurs, disons 30% du total des visites, vu la part de marché des moteurs c’est prendre le pari de s’en sortir (le temps de la guerilla ) avec entre 25 et 30% de traffic en moins. Et ca, hélas pas beaucoups d’acteur du net ne peuvent se permettre ( ou ne veulent pour d’autres ).

      Mais je dois l’admettre que sur la plupart des sites que je m’occupe, je dois encore faire des efforts de ce coté afin d’être capable de contrer une perte de trafic venant de google …

      • Certes Google agit comme le prédateur dominant parce qu’il s’est hissé en haut de la chaine alimentaire de l’information. Il n’est pas dit que son remplaçant fasse mieux. C’est une question de société, de politique, de droit.

  3. Peut-on me dire pourquoi confisquer autant de pouvoir à Google. Pour une année donnée, GG fixe des règles et l’année suivante ces régles peuvent être synonymes de sanction, car il a modifié son algorithme. Et ce qui était bon auparavant devient nuisible pour les SERP.

    Mon vieux, GG se défoule sur les utilisateurs du web à des fins commerciales. Espérons un puissant moteur de recherche vienne lui redresser! Bien sur, je serai content!

  4. Bonjour,

    Je n’approuve pas forcément la méthode Google mais si l’on réfléchit bien, il agit ni plus ni moins comme tous les dominants se trouvant en position de force.

    amicalement

  5. C’est normal que Google s’oriente vers ce genre de chose, c’est une entreprise commerciale donc elle agit dans son intérêt. Dans le même esprit, Google fait tomber les comparateurs des SERP avec Panda, installe son comparateur Google Shopping dans les résultats naturels avec une visibilité de plus en plus forte tout en liant les produits avec les annonces adwords … au final l’outil va devenir un outil de référencement payant qui paradoxalement était la cible de Google il n’y a pas si longtemps. Tant qu’on laisse faire ils ont raison d’y aller a fond. Jusqu’au moment ou un nouvel acteur va faire tomber Google comme ils ont fait tomber Yahoo … Mais on n’y est pas encore ^^

  6. Je trouve cela complètement normal et logique que Google réagisse ainsi envers ce genre de site. Ce qui est beaucoup moins normal dans les actions de Google est le fait qu’il fait tout son possible pour privilégier ses propres sites au détriment des autres !! Bref…

    • Que ce soit logique est différent de « normal ». Si c’est normal que Google s’applique à modifier ses critères de classements en fonction des lois (mais lesquelles, américaines?), comment expliquer que cette « loi » n’est pas appliquée pour les livres numérisés ou sur Youtube ? Quand on décide d’appliquer la loi, on l’applique exhaustivement, pas seulement à moitié. C’est la porte ouverte à toutes les dérives et ça n’a pas tardé. « Universal invoque le DMCA pour demander le retrait d’une critique négative« .

  7. Bel article sur un acte que je trouve réellement déplaisant de la part de Google. Je ne suis pas sûr qu’ils soient conscients de l’impact qu’ils ont sur l’utilisation du web. Car pour des millions d’utilisateurs, Google est le web. Bref, d’autres solutions seront trouvées par ceux qui désirent pirater : je suis prêt à mettre ma main à couper que nombreux seront les forums qui passeront – par exemple – entre les mailles du filet.

  8. C’est un point de vue qui est très intéressant, mais c’est justement pour avoir de quoi se justifier que Google a établi ces règles concernant la protection des propriétés intellectuelles!

    Il faut pas trop s’étonner c’est ainsi, et nous n’y pouvons rien! 🙁

    Alexandra

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